Paolo ou celui qui ne recevait jamais de compliments

Crédit : Audric 🙂

Cette histoire se passe dans une petite ville du Pérou où vit une jeune garçon qui s’appelle Paolo.

Paolo vit dans une toute petite maison avec sa grande sœur Paloma, et ses parents. Pour pouvoir nourrir la famille, les deux parents travaillent dur toute la journée. Ils sont très fatigués quand ils rentrent du travail. Alors ils sont bien contents de trouver la maison bien rangée et le diner qui fume sur la table. Tous les jours ils félicitent Paloma pour tous les services qu’elle leur rend parce qu’elle est si sérieuse. En effet, Paloma est très appliquée à l’école et fait bien tous ses devoirs. Ils disent souvent à Paolo de prendre exemple sur sa grande sœur. Cela rend Paolo triste car lui n’a jamais de compliments, seulement des reproches.

 La grande passion de Paolo, c’est le football. Il aime aller à l’école parce qu’il y retrouve ses copains et qu’ils peuvent jouer dans la cour. Paolo est très doué, il est le capitaine de son équipe. Quand il a un ballon au pied, il a impression d’avoir des ailes, il est heureux car tous ses problèmes s’envolent.

Son problème principal est qu’il doit, tous les jours, aller remplir le gros bidon d’eau pour la famille et acheter de quoi manger. Quand il était plus petit, c’était difficile pour lui de porter ce gros bidon alors son papa lui avait bricolé un petit chariot à roulettes. Maintenant, Paolo est suffisamment fort pour porter le bidon mais pas assez pour affronter la bande de mauvais garçons qui s’est installée  juste à côté de l’épicerie. Tous les jours, ils attendent là et menacent Paolo pour qu’il leur donne un peu d’argent. Paolo a tout essayé : leur sourire, se battre, implorer leur pitié mais rien n’y fait.

Ce jour-là, quand Paolo arrive en vue de l’épicerie, la bande a l’air très agitée. Il essaie prudemment de faire un détour par la ruelle en arrière pour les éviter mais ils s’en aperçoivent et se précipitent vers lui. Ils sont très énervés. Ils le frappent et cette fois-ci lui volent tout son argent. Il n’a plus rien pour acheter à manger. Quand il rentre, Paloma le gronde en l’accusant de n’avoir pas fait assez attention. Ses parents sont encore plus en colère, il n’ont rien à manger. Ils accusent Paolo de ne se penser qu’à s’amuser au football. Le garçon essaie de leur expliquer ce qui se passe mais ils ne veulent pas l’entendre.

Alors le lendemain, après l’école, Paolo n’a pas le courage de rentrer chez lui. A quoi bon ? Sa sœur l’obligera à faire les courses et il perdra encore tout leur argent. Paolo prend son ballon et marche vers la ville voisine où il va parfois assister à des matches de foot de vrais joueurs avec de vrais maillots et un arbitre. Habituellement, il grimpe discrètement dans un arbre car il ne peut pas payer le billets, mais aujourd’hui, il n’y a personne et il se faufile par un trou de la haie. Comme c’est impressionnant d’être dans un endroit aussi beau et grand. L’herbe y est parfaite pour jouer, Paolo a même l’impression qu’il respire mieux ici. Il fait des exercices d’adresse avec son ballon et il s’imagine dans un match important, traversant la ligne des défenseurs adverses, et marquant un but  dans la lucarne tandis que le public l’acclame !

Tout à son rêve, il n’a pas remarqué que les joueurs du club viennent d’entrer sur le terrain pour s’entraîner. Ce jeune garçon distrait les amuse, ils le regardent et l’appellent :
« Qu’est-ce que tu fais là, petit ?
– Je suis désolé, répond Paolo confus. Le terrain est si beau !
– Tu te débrouilles bien avec un ballon. Tu voudrais entrer dans un club ?
– Ce serait possible ?
– Il faudrait que tu viennes samedi avec ton père pour les qualifications » lui dit l’entraîneur.

Paolo file vers son village. Il est déjà très tard et il va directement dans l’entreprise où travaille son père pour tout lui raconter. Son père est surpris de le voir. Il commence à le gronder de n’être pas rentré à la maison et décide de passer à l’épicerie pour acheter à manger. Paolo tout enthousiaste galope devant son père et tombe nez à nez avec  la bande des mauvais garçons qui l’attrapent par le col et le menacent. Heureusement, le papa de Paolo arrive. Avec sa grosse voix, il leur dit » Vous ne viendrez plus jamais embêter ceux qui viennent à l’épicerie sinon, je m’occuperai moi-même de vous ! » Comme il est très fort, la bande prend peur et s’enfuit. Le père comprend ce qui se passe et pourquoi Paolo ne pouvait plus faire les courses. Alors il rentre dans l’épicerie et se met d’accord pour que ce soit lui qui vienne payer une fois par semaine toutes les courses. Il achète également des tortillas toutes fumantes pour le dîner.

Paolo est vraiment soulagé et heureux de rentrer chez lui ce soir-là. Les tortillas sont délicieuses. Mais Paloma n’est pas contente parce que personne lui fait de compliments.

En attendant le samedi, le garçon est à la fois très enthousiaste et aussi très stressé. Paloma, elle, n’est pas contente parce qu’elle n’aime pas le football et puis parce que les parents ne complimentent plus que Paolo maintenant. Arrive enfin le samedi, Paolo et sa famille vont au stade pour les qualifications. Il attend avec impatience qu’on le fasse entrer sur le terrain. Il observe autour de lui et voit qu’il y a une vingtaine de jeunes. Seul Paolo n’a pas de jolies chaussures ni de maillot de football. Il se sent un peu honteux d’être si pauvre. Enfin, l’entraineur les appelle, donne un ballon à chacun et demande de faire quelques exercices d’agilité. Paolo est un peu surpris mais dès qu’il touche ce ballon, bien plus lisse et dur que le sien, il a l’impression qu’il peut devenir plus précis, plus rapide comme un cheval sauvage et fougueux. Un coup de sifflet marque la fin des qualifications. Paolo n’a pas vu le temps passer. Il se dirige à regret vers l’entraîneur pour rendre ce ballon si précieux. L’entraîneur appelle son père et lui dit :
 » Si votre  veut devenir footballeur, il a le bon âge pour entrer dans le club des espoirs.
– Oui, c’est mon rêve ! dit Paolo.
– Cela représente beaucoup d’efforts et de sacrifices, poursuit l’entraîneur. Il faudrait changer d’école, t’entraîner tous les jours.
– S’il te plait Papa, donne ton accord ! « 

La famille prend le temps de discuter. Ils sont à la fois très fiers et un peu inquiets de ne plus voir Paolo tous les jours. Ce dernier leur promet qu’il viendra dès qu’il le pourra. Les parents acceptent enfin mais Paloma n’est pas contente car il faudra qu’elle rapporte l’eau et qu’elle fasse les courses !

Alors Paolo réfléchit et dit à sa famille : « Je crois que nous faisons tous beaucoup d’efforts. Les parents travaillent dur pour gagner de l’argent. Paloma étudie sérieusement et s’occupe du dîner. Moi je viens de trouver ce qui me plait vraiment et, si je réussis, je gagnerai assez d’argent pour que nous ne soyons plus pauvres. Alors, comme vous, je vais faire de mon mieux et voilà pourquoi nous méritons tous des compliments ! « 

Le Souriceau d’Or

Audric continue à fournir en séance les éléments de base pour des contes qu’il veut construire. Merci à lui pour ce bon travail et pour l’illustration !

Crédit : Audric 🙂

Cette histoire commence au royaume des souris . Le Roi des souris est très respecté dans tout le royaume pour sa force et sa puissance. Sa femme, la Reine des souris est magnifique, elle arbore un pelage lisse et brillant, d’une blancheur immaculée. Tout le royaume les admire lorsqu’ils se promènent dans le village de souris.

Un matin, les trompettes du château se mettent à sonner en signe de grande nouvelle : un jeune prince vient de naître et la rumeur dit qu’il est très étonnant car son pelage est tout doré ! De mémoire de souris, on n’a jamais vu de souris dorée. Tout le monde chuchote et se demande quand on pourra le voir.

Le Roi et la Reine sont incroyablement fier de leur petit prince tout doré. Ils décident de l’appeler Brightonne car bright en anglais veut dire brillant. Ils demandent même au peintre du palais de réaliser un portrait de leur famille et ils l’affichent sur le mur extérieur du château pour que tout le royaume puisse voir à quel point Brightonne est extraordinaire. Comme tout le monde passe voir ce portrait, le Roi décide que l’artiste peindra le jeune prince à chaque nouvel évènement et qu’on affichera le portrait sur le mur.

Brightonne grandit donc bien protégé dans le palais. Il apprend à manger dans une magnifique vaisselle d’or, à nettoyer et brosser soigneusement son joli poil. Ce qu’il apprécie plus que tout, c’est d’escalader les tapisseries somptueuses du palais puis, en agrippant le cordon,  de se jeter vers le bas et de s’amuser du balancement.  A chaque fois, un nouveau portrait de Brightonne est affiché à l’extérieur. Il devient célèbre, tout le monde l’admire et envie le prince doré.

Un jour que la famille des souris royales sort faire une promenade, Brightonne est intrigué  par des jeunes souriceaux qui courent les uns après les autres. Il leur demandent ce qu’ils font : il jouent à « chat ». Brightonne apprécie de jouer avec des camarades et il aime bien être le « chat » qui attrape les autres. Il rit et s’amuse tellement qu’il s’éloigne un peu trop de la garde royale. A ce moment-là, surgissent deux brigands qui attrapent le jeune prince, le jettent dans un sac et s’enfuient rapidement. Personne n’a rien vu et il faut un temps assez long pour quelqu’un ne s’inquiète. Les parents appellent leur fils, la garde cherche le jeune prince, rien n’y fait : Brightonne est déjà loin, emporté par les brigands. Il se sent balloté dans un sac tout poussiéreux et il a vraiment très peur.

Enfin, il sent qu’on le pose par terre et il entend les brigands se concerter.  « Dès que j’ai vu les portraits du Souriceau d’Or, je me suis dit que sa peau me ferait un joli chapeau. Nous avons bien fait de le suivre et de l’attraper. Il fait trop noir maintenant, nous allons nous reposer. Demain matin, nous nous occuperons de lui. » A ces mots, Brightonne frissonne de peur. Ils veulent le tuer à cause de sa jolie fourrure dorée.  Que faire ? En plus, il a été tellement secoué dans le sac, il a mal à la tête. Il passe sa patte à cet endroit et sent que le bord de la couronne a frotté et a coupé une petite touffe de poil doré. Il réfléchit et se dit que s’il n’a plus de poil doré au matin, ils ne pourront plus utiliser sa peau. Alors toute la nuit, Brightonne utilise sa couronne pour gratter et retirer tout son pelage qu’il cache dans un pli au fond du sac. 

Au petit matin, les deux brigands ouvrent le sac et y voient un souriceau à la peau toute nue. L’un deux crie à l’autre :
« Voleur, tu as caché le Souriceau d’Or pendant la nuit car tu veux garder sa peau rien que pour toi !
– Pas du tout. C’est toi qui l’a caché.
– Ce n’est pas vrai. Va le chercher » et il attrape l’autre par le col et commence à le frapper.

Brightonne profite de leur bagarre pour s’enfuir sans faire de bruit. Il court, court jusqu’à en perdre haleine. Arrivé au bord d’un ruisseau, il s’arrête pour boire et voit son reflet dans l’eau. Il ne se reconnait pas, il est si laid avec cette peau toute rose. Très malheureux, Brightonne continue de marcher jusqu’au moment où il voit un village. De  jeunes souriceaux s’y amusent. Il s’approche et leur demande poliment :
 » Bonjour, je cherche à retourner au château. Pouvez-vous m’aider ?
Quelle drôle de peau tu as, dit l’un.
-Pourquoi veux-tu aller au château ? ajoute l’autre.
– Pour rejoindre mon père, le Roi. »

 Les jeunes souriceaux éclatent de rire  » Toi, le prince doré ? Quelle bonne blague ! Va-t-en, nous ne voulons voir quelqu’un d’aussi dégoûtant ici » et ils lui jettent des pierres. Brightonne s’enfuit vers la forêt. Il comprend que personne ne peut le reconnaitre et que tout le monde va le rejeter. Il est si malheureux ! A la nuit tombée, il s’arrête dans le creux d’un arbre pour se réchauffer un peu. Il tremble de froid, de peur et de désespoir. Ses dents claquent tellement fort qu’un vieux magicien souris l’entend et vient lui parler.  » Tu sembles avoir froid. Veux -tu venir te réchauffer dans mon terrier ? » Méfiant, Brightonne hésite. Mais il a si faim et froid qu’il suit le vieux magicien.  » Mange ces quelques graines, jeune souriceau, tu te sentiras mieux. Et tu trembles si fort. Prends cette grande cape pour te réchauffer » dit-il. Epuisé par toutes ces aventures, Brightonne finit par s’endormir.

Le lendemain, des gardes royaux passent à l’entrée du terrier du vieux magicien pour demander s’il a vu le Souriceau d’Or. Le vieux magicien interroge Brightonne du regard. Celui-ci baisse la tête. Il est devenu si laid, jamais les gardes ne pourront pas le reconnaitre. Alors il se cache dans la grande cape et ne dit rien. Le magicien lève une main et dit aux gardes  » J’ai fait un rêve magique cette nuit et j’ai vu que seuls ses parents pourront retrouver le jeune prince ».

Les gardes rentrent au palais sans avoir rien trouvé. Le Roi les interroge et ils finissent par lui parler du rêve magique du vieux magicien. Le Roi et la Reine décident alors d’aller le consulter dès le lendemain. Quand ils arrivent au terrier, le jeune prince sent son cœur bondir dans sa poitrine. Il voudrait courir vers eux, les embrasser mais il regarde sa peau rose si laide et il se cache à nouveau dans la grande cape. Le magicien dit aux parents : « Si vous voulez retrouver votre fils, il vous faudra aller chercher une grosse brassée de bois.
– Ça n’a pas de sens. Comment le bois pourrait-il nous aider ?
– Ce sera utile pour faire la lumière sur la vérité. » répond le magicien.
Alors , les malheureux parents se dépêchent d’aller ramasser le plus gros tas de bois qu’ils peuvent imaginer.
« Maintenant, il faut aller cueillir des herbes magiques dans les marécages.
– Tu te moques de nous ? dit le Roi.
– Pas du tout. répond le magicien. Est-ce la boue des marécages qui vous fait peur ? Préférez-vous garder votre joli poil bien propre ou bien avoir une chance de retrouver votre fils ?
– Je n’hésiterai pas à marcher dans la boue si cela peut me permettre de le retrouver, dit la Reine. »

Quand ils reviennent avec les herbes magiques, le Roi et la Reine sont méconnaissables. Leur poil est sale et tout collé. Ils sont fatigués et ont perdu leur belle allure. Le magicien demande à Brightonne toujours caché dans sa cape : « Penses-tu que leur fils les aime moins maintenant qu’ils ont perdu toute leur beauté ?
– Je pense que leur fils les a toujours aimés et qu’il les aime encore plus en voyant tous leurs efforts pour le retrouver, répond Brightonne tout tremblant.
– Et vous, les parents, seriez-vous contents de retrouver votre fils même s’il avait perdu son magnifique pelage ?
– Bien sûr, répondent en cœur les parents. Nous aimons Brightonne parce qu’il est notre fils avant tout.
– Il est peut-être temps de retirer ta cape jeune souriceau ! »

La Reine pousse un grand cri car elle a compris que son fils est là. Elle court vers lui l’embrasse et le réconforte. Le Roi n’en croit pas ses yeux et puis il comprend lui aussi et prend son fils dans ses pattes. Pendant ce temps, le magicien prépare un bon feu et fait chauffer de l’eau. Il y jette les herbes magiques. Puis il  dit : » Cette potion fortifiante aidera le jeune prince à se remettre. A vous de voir si vous voulez rentrer au château tout de suite ou bien attendre que son pelage repousse pour pouvoir à nouveau montrer des portraits ».

Le Roi regarde son fils avec amour et répond  » Nous allons rentrer au château, nous n’avons pas besoin de portraits pour être heureux en famille ! »

Conte du parfait Jedi

Il y a bien longtemps, aux confins d’une galaxie lointaine, très lointaine… vivait un jeune garçon qui s’appelait Timao. La planète où il vivait n’était pas très agréable. Elle était chauffée par un soleil rouge qui brûlait la peau de tous ceux qui sortaient sans protection. C’était essentiellement un grand désert de sable monotone. Heureusement , on y trouvait aussi quelques points d’eau fraîche qui permettaient aux habitants de survivre là.

Crédit : Audric 🙂

Sa mère se plaignait beaucoup d’habiter sur une planète aussi inhospitalière. Son père lui répondait à chaque fois qu’il était content d’avoir un magasin de réparations. Il y avait beaucoup de voyageurs qui s’y arrêtaient pour faire réparer leur vaisseau spatial ou un droïde mal en point. Ses affaires marchaient bien. Timao aimait bien passer du temps dans le garage de son père. Il y avait un grand hangar où étaient entassées beaucoup  de machines, certaines toutes neuves pour être vendues, d’autres abandonnées là par les clients et que son père gardait pour en récupérer les pièces.

Sa mère trouvait cet endroit dégoûtant, plein de poussière et de graisse. Elle disait à Timao de venir plutôt étudier pour devenir un grand pilote et peut-être même un jour, entrer dans  la prestigieuse école des Jedis, ces chevaliers imposants qui maîtrisaient les armes et la Force de la nature. Timao n’avait jamais rencontré de vrai Jedi, mais tout le monde parlait de leurs exploits. On racontait que pour entrer dans leur école et devenir un Jedi, il fallait être irréprochable. C’était un grand honneur d’être sélectionné et Timao se demandait s’il en serait capable. Alors, il étudiait très sérieusement les cours de sa classe et trouvait même d’autres livres à apprendre pour devenir le meilleur.

Timao n’avait pas beaucoup d’amis car ses camarades partageaient une passion qui ne l’intéressait pas : les courses de vitesse. Il ne comprenait pas pourquoi les autres s’amusaient à regarder des Speeders tourner en rond. C’était bruyant et sans intérêt. Alors après l’école, Timao se réfugiait dans le hangar de son père et observait les clients de passage et les machines complexes.

Un jour qu’il aidait son père à nettoyer le droïde réparé d’un grand voyageur, il fut témoin d’une scène étrange. Le voyageur protestait que ce n’était pas son droïde, que le père s’était trompé, et qu’il en voulait un autre tout neuf et bien plus coûteux. Il était de mauvaise foi bien sûr, il voulait tricher pour faire une bonne affaire. A la grande surprise de Timao, son papa accepta de donner le droïde neuf et garda le plus ancien.
« Pourquoi as-tu accepté Papa ? Il mentait !
– Oui, tu as raison. Mais je ne pouvais pas prouver ma bonne foi et je tiens à ma réputation. Et puis, ce modèle de Smikros est certes plus ancien, mais il est robuste et bien pratique. Si tu le veux, tu peux le garder.
– Que peut-on faire d’un Smikros à part lui confier la navigation d’un vaisseau ?
– Des tas de choses. A toi de le découvrir. »

Timao rentra à la maison avec le Smikros. Sa mère n’était pas contente :
 « Pourquoi rapportes-tu cet engin dégoûtant à la maison ?
– Je vais finir de le nettoyer, promit Timao. Et je te réciterai par cœur toutes mes leçons après. »

Timao se dépêcha de frotter très fort le petit Smikros qui se mit à protester avec une drôle de voix aiguë et métallique. « Arrête de me bousculer, je suis fragile.
 – Je n’ai pas le temps, dit Timao. Je dois encore apprendre par cœur une bonne centaine de lignes et les réciter sans me tromper.
– Pourquoi ?
– Pour que ma mère accepte que je te garde ici.
– Pourquoi ?
– Parce qu’elle veut que je devienne savant et éduqué.
– Pourquoi ?
– Parce que j’ai ainsi une chance de rentrer à l’école des Jedis.
– Pourquoi ?
– Pour devenir un Jedi, pardi, un des hommes les plus forts et admirés de la galaxie.
– Pourquoi ?
– Tu m’énerves Smikros. Tais-toi sinon je t’envoies à la casse ».

Après cette conversation, Timao avait eu du mal à se concentrer sur ses apprentissages et il avait fait trois fautes de récitation. Il s’en voulait beaucoup. Il dormit mal cette nuit-là car il faisait des cauchemars où Smikros venait l’empêcher d’étudier, il échouait à ses examens et tout le monde venait se moquer de lui.

Le lendemain matin, Smikros, lui, semblait d’excellente humeur et le salua d’un « Bonjour Timao le studieux. Es-tu prêt pour entamer une journée passionnante ? » Timao haussa les épaules et se dépêcha pour ne pas être en retard à l’école. Ce serait terrible d’être puni s’il arrivait en retard.
« Pourquoi ? Demanda Smikros.
– Ah non, tu ne vas pas recommencer ! Si je suis en retard, je serai puni et je n’aurai pas de temps pour m’amuser après l’école.
– D’accord, on se dépêche !
– Tu ne viens pas à l’école avec moi quand même ?
– Si, je suis Smikros, votre meilleur compagnon de voyage. Tu vas à l’école, je dois t’accompagner. »

Timao n’avait plus le temps d’argumenter et il partit rapidement, suivi de Smikros qui faisait des petits bips assez ridicules. Tous ses camarades se mirent à rire quand il le virent mais le professeur sembla très intéressé. Il dit à tout le monde que Timao avait bien de la chance et qu’on ne pouvait pas empêcher le Smikros de le suivre.
Pendant la classe, le droïde se tint à peu près tranquille. Mais dès qu’ils sortirent de cours, Smikros voulut qu’ils aillent assister aux courses de Speeders avec tous les autres.
« Non lui dit Timao. Ça ne m’intéresse pas. Ça tourne en rond, c’est tout !
– C’est bien d’être curieux et de préférer des choses nouvelles, dit Smikros d’un ton inhabituellement sérieux.
– Oui, rentrons faire les devoirs.
– Ah non, les devoirs, ce n’est pas nouveau. Ça tourne en rond tout autant que les Speeders.
– On ne va pas recommencer : j’ai besoin d’avoir des résultats parfaits pour devenir Jedi.
– Qui a dit ça ? Si mes cartes mémoires ne sont pas rouillées, mon dernier maître Jedi était un sacré farceur.
– Quoi ? Tu as accompagné un maître Jedi ? Tu dis la vérité ?
– Bien sûr. Pourquoi je mentirais ?
– Alors tu sais comment je dois faire pour devenir Jedi ? »

Le petit Smikros ne répondit pas et se mit à faire un bruit bizarre. Il lui fallut plusieurs minutes pour finalement répondre avec une voix un peu différente, plus basse :
« Jusqu’où es-tu prêt à aller pour devenir Jedi ?
– Jusqu’au bout du monde.
– Alors commence par répondre à cette question : Pourquoi veux-tu devenir un Jedi ?
– Je te l’ai dit hier : pour être une des hommes les plus forts et les plus admirés de la galaxie.
– Pourquoi ? « 

C’était au tour de Timao de ne plus savoir quoi répondre. Ils venaient d’arriver à la maison et Timao se plongea dans ses devoirs. A nouveau sa nuit fut agitée. Cette fois, il rêva de Jedis farceurs qui allaient voir les courses de Speeders et de Smikros qui était devenu plus grand que lui. A son réveil, Smikros le salua d’un :  » Bonjour Timao l’ambitieux. Es-tu prêt pour une journée d’aventures ? »
Pas le temps de répondre, Timao entama une autre de ses journées bien remplies. Sur le chemin du retour, il dit à Smikros :
 » J’ai bien réfléchi et je voudrais devenir un Jedi parce que je veux comprendre le monde et la Force et que je veux me sentir utile.
– Où étais-tu la dernière fois que tu as ressenti force et tranquillité ?
– Mes parents m’avaient emmenés visiter un Dôme. C’est extraordinaire : ils ont creusé sous le sable et, protégé par le Dôme, ils ont pu créer un grand jardin avec un ruisseau, des fleurs, des arbres, des papillons. C’était magique !
– Était-ce utile ?
– Oui, ils font pousser des aliments naturels grâce à l’énergie de notre soleil rouge. Il disent qu’on pourraient créer plein de jardins où les humains se sentiraient plus heureux. Il y en a un en construction pas très loin. Tu crois que je pourrais aller les aider pour me sentir utile ?
– Allons-voir ! Dit Smikros avec entrain. »

Quand ils arrivèrent sur le chantier de construction non loin de là, Timao était émerveillé. Tant de gens qui s’activaient pour construire une si belle chose ! Dans un coin, assis tout tranquille se trouvait une petite créature étrange qui souriait. Il émanait d’elle comme une lumière qui attirait Timao irrésistiblement. Mais il n’aurait jamais osé la déranger et il ne savait pas bien comment faire pour proposer son aide. Jusqu’à ce que Smikros s’approche du personnage en faisant clignoter des lumières et en poussant des petits bips de plaisir. Timao était gêné de l’audace de Smikros. Et à sa grande surprise, le personnage sourit largement en disant :
 « Serait-ce le malicieux Smikros que je connais ? Qui accompagnes-tu dans son voyage aujourd’hui ?
– Maître, voici le jeune Timao qui voudrait être utile et aider ici.
– Bonjour Timao, je suis Okala , le maître Jedi envoyé ici pour veiller à l’harmonie de la Force sur cette planète.
– Maître Jedi, bafouille Timao. Allez-vous recruter des apprentis ? J’ai appris toutes mes leçons par cœur, jusqu’à ne plus faire d’erreurs.
– Les gens qui ne font jamais d’erreur pour vivre dans un monde parfait oublient d’écouter la Force et ses tumultes. Ils n’ont pas leur place parmi les Jedis. »

Cette phrase fut un grand choc pour Timao et le plongea dans de grandes réflexions. Les Jedis ne veulent pas des gens parfaits ? Timao réfléchit et ne comprenait vraiment plus rien. Puis, il repensa aux questions de Smikros : Pourquoi voudrait-il être parfait, pourquoi voudrait-il être un Jedi ? Il commença à comprendre que la vraie question était ce qu’il voulait faire, ce qui était important pour lui. Il revint vers le Maître et lui dit : « Maître, même si je ne peux pas devenir Jedi, je voudrais venir aider ici pour construire un jardin. Je ne comprends sans doute pas ce qu’est un Jedi ni ce qu’est la Force, mais je suis sûr que je veux venir travailler ici pour être utile ».

Le Maître se tourna vers Timao :  » La Force est  présente partout autour de tous ceux qui sont prêts à la ressentir, qu’on soit Jedi ou pas. Elle permet de bâtir de belles choses et de rendre les humains plus heureux mais seulement s’ils le veulent. Peut-être deviendras-tu Jedi, ou peut-être pas. Mais tu peux décider ici et maintenant d’écouter ce que te dit la Force. »

Tout à coup, Timao se sentit très différent, comme s’il était à la fois très calme et très enthousiaste. Il prit une grande respiration et dit en souriant :  » Au travail Smikros, je veux être utile, écouter la Force, construire un jardin et j’ai besoin d’un compagnon dans mon nouveau voyage ! « 

Celui qui s’énerve de ne pas être parfait

Il est parfois plus facile de projeter ses questions et ses blocages sur un personnage et d’inventer pendant une séance des solutions qui chemineront dans l’inconscient. Merci à Audric qui se reconnaîtra, d’avoir fourni les éléments de conte !

Crédit : Audric 🙂

L’histoire commence dans une petite ville des Etats-Unis où vit Paul, un jeune garçon passionné de base-ball. Il s’entraîne régulièrement dans un club avec ses camarades, et il aime bien les cours avec l’entraîneur. Mais à chaque match du samedi, Paul est stressé à l’idée de rater une balle ou de ne pas la lancer assez fort. Et comme il est stressé, il rate beaucoup de balles pendant les matches.

Ce samedi-là, ils jouent contre les gagnants de la dernière saison. C’est un match important. L’entraîneur le prend à part et lui dit :  » Je vois que tu réussis très bien à l’entraînement. Tes balles sont souvent assez puissantes pour marquer des points. Nous avons besoin que tu réussisses.  Il faut arrêter de stresser, respire ».
Paul se répète en boucle : « Il ne faut pas rater aujourd’hui, c’est important, l’entraîneur compte sur moi, il faut que j’arrête de stresser ». Malheureusement, lorsque son tour arrive, il sent son souffle court, ses mains crispées sur la batte, ses jambes qui tremblent. Il rate le premier lancer qui semblait pourtant jouable. Il se répète mentalement de ne pas stresser. La seconde balle a de l’effet, il la rate également. « Plus qu’une occasion pour marquer des points, se dit Paul en serrant les dents. Je ne dois pas la rater ! » Le lanceur adverse a un regard ironique, il prépare son lancer avec de grands mouvements énergiques et contre toute attente, envoie une balle toute droite, comme celle qu’on donne aux débutants. Paul est tellement surpris par ce lancer si simple. Ça n’est pas logique, quel lanceur prendrait le risque de perdre des points en offrant une balle facile ?  Paul sent tous les adversaires commencer à rire, à se moquer de lui. Oui, cette balle facile est une manière de lui dire qu’il est tellement mauvais au base-ball qu’il la ratera. Ces pensées ont duré une fraction de seconde, Paul lève sa batte à peine trop tard mais la balle est passée. Il voit ses adversaires se moquer ouvertement de lui, ses équipiers sont déçus, Paul est ridicule. Une vague de colère contre lui-même le submerge, il jette sa batte violemment par terre et sort du terrain.

L’entraîneur demande une pause, rattrape Paul et lui dit d’un ton sévère :
 » Je ne tolèrerai pas que tu comportes aussi violemment sur le terrain. Si tu ne cesses pas de t’énerver quand tu rates, tu ne joueras pas lors du Tournoi de l’Excellence ». C’est épouvantable ! Paul attend ce tournoi depuis des semaines car il est organisé par le grand champion Jordan Parker. Les journalistes disent qu’il prend sa retraite, qu’il  veut créer une école de base-ball pour les jeunes espoirs. Lors du tournoi, le grand Parker regardera attentivement et sélectionnera peut-être ses futurs joueurs. Paul est maintenant submergé de tristesse. Ce n’est pas possible, il ne peut pas rater ce tournoi.

Il rentre chez lui fatigué et découragé. Il mange à peine et va se coucher. Pendant la nuit, il rêve du tournoi. Il se voit avancer au milieu du stade plein à craquer. Sa batte est lourde, ses chaussures semblent coller au sol, il peine à avancer jusqu’à la zone de lancer. Il reçoit balle après balle et ne parvient pas à lever sa batte, il rate tout. Tous les spectateurs se mettent à rire et le champion Parker le montre du doigt en disant « Il est mauvais, sortez-le ». Paul se réveille en sursaut, trempé de sueur, très angoissé par ce cauchemar. Il faut arrêter de stresser se dit-il. Oui, mais comment faire ?
« Il faut pratiquer encore et encore. » lui dit l’entraîneur.
« Il faut bien respirer » lui dit son papa.
« Il faut jouer à autre chose » lui dit sa maman.
« Il faut méditer » lui dit son médecin.
« Il faut apprendre à échouer. Moi, quand j’étais jeune, mon coach nous apprenait à accepter l’échec. C’était mieux avant ! »  lui dit son oncle
« Donne-moi une caresse » semble lui dire son chien Sammy qui vient poser sa tête sur la cuisse de Paul.
Danser, prendre un bain chaud, partir en vacances : tout le monde a des conseils à lui donner mais rien ne marche.

Paul a fait de son mieux pour s’entraîner et garder son calme au club. Arrive le matin du grand tournoi, Paul se sent comme une pile électrique. Il va rater, c’est sûr. Rien que cette idée l’enrage. Au moment de partir, Paul veut faire une caresse à Sammy et ne le trouve pas. Il  cherche, il appelle : pas de réponse. Il sort dans le jardin et constate que la barrière est ouverte : le chien s’est enfui pendant la nuit. « Va au tournoi, lui dit son père. Je vais faire le tour du quartier en voiture et je viendrai pour le début de ton match ».

Sa mère accompagne Paul jusqu’au terrain pour qu’il s’échauffe, les matches commenceront plus tard dans l’après-midi. Ses parents ont réservé leurs places car tout le monde veut voir Jordan Parker et son tournoi. Paul court, fait les étirements mais son esprit est ailleurs. Il est inquiet pour Sammy. Et s’il avait été volé ? Ou renversé par une voiture ? Le temps avance, les spectateurs s’installent. Il y a une place vide à coté de sa maman. Et si son père n’arrivait pas pour le match parce que Sammy est introuvable ? Paul n’arrive pas à se concentrer sur le discours du grand champion, ni sur le premier match.

 » A nous ! », dit l’entraîneur. Paul prend sa batte qui lui semble aussi lourde que dans son cauchemar. Il plisse les yeux, son père n’est toujours pas là. Il s’approche du terrain, la gorge serrée. Quelle importance a le tournoi quand il a perdu son meilleur ami ?

Tout à coup, il voit deux silhouettes se détacher à l’entrée du stade. Il lui semble que son cœur rate un battement, il n’est pas sûr. Mais si, c’est bien son père tout souriant qui tient en laisse un Sammy plein de poussière. Sammy tire si fort que le père le lâche et le chien se précipite vers Paul, lui saute dans les bras. Paul est tellement heureux de retrouver Sammy ! Au micro, l’entraîneur en profite pour expliquer que le chien était perdu et tout le stade les applaudit. Même Jordan Parker qui envoie à Paul un petit signe d’encouragement.

Paul entre sur la zone, il ne sait plus vraiment ce qu’il fait. Il est tellement heureux qu’il laisse ses jambes se positionner toutes seules, ses bras monter la batte, ses yeux fixer le lanceur. C’est sans réfléchir qu’il frappe et qu’il court vers les bases sans les compter. Il s’arrête essoufflé et ne sait même pas combien de points il a marqué. A sa grande surprise, il vient de battre son record, il n’avait jamais réussi de « Home run ».

A la fin de la journée, il se presse avec ses camarades et son chien pour avoir un autographe du champion. Parker le félicite pour sa réussite, lui dit qu’il se souviendra de lui et de son chien.

« Qu’as-tu appris aujourd’hui ? » lui demande son papa. Paul prend son chien dans ses bras et répond  » Que le secret pour ne pas stresser inutilement est de savoir ce qui est vraiment important pour moi ».

Aurore et la dame du lac

Il était une fois, une très jeune fille qui s’appelait Aurore. Elle vivait avec sa famille dans un tout petit village au bord de la forêt. Elle avait deux sœurs un peu plus grandes qu’elle. La première s’appelait Agathe et elle voulait toujours avoir raison. Agathe discutait tout le temps. Aurore l’admirait parce qu’elle semblait savoir tant de choses. La seconde sœur s’appelait Amélie et elle voulait toujours être la plus jolie. Elle avait de longues boucles blondes, un sourire éblouissant et elle dansait tout le temps. Aurore l’admirait comme tout le monde autour d’elle.

Un jour, leur maman leur dit : « Aujourd’hui, vous allez partir toutes les trois dans la forêt pour cueillir des myrtilles, afin que je fasse des confitures pour l’hiver. » Agathe, la première, répondit en croisant ses bras : « Ce n’est pas juste ! Tous les autres enfants du village vont s’amuser aujourd’hui et nous devons travailler ? Je ne veux pas ! »

La mère se mit très fort en colère : » Tu vas m’obéir, sinon je te punirai durement ! » Agathe n’osa pas continuer à protester. Elle prit son panier en marmonnant « Ce n’est vraiment pas juste ».

Les deux autres filles prirent leur panier et la suivirent. Dès qu’elles furent sorties du village, Agathe explosa : « Pourquoi n’avez-vous rien dit ? Vous obéissez sans réfléchir ? » Elle était vraiment très en colère.

Amélie lui répondit :  » Moi, j’adore les myrtilles », elle continua sur le chemin d’un pas léger. Agathe, toujours furieuse dit alors : « Moi je suis fâchée alors je ne veux plus manger de myrtilles. » Aurore ne savait pas qui avait raison, et elle les suivit en silence.

Arrivée dans le vallon où poussaient les myrtilles, Amélie poussa un grand cri de joie. Elle se précipita pour en cueillir quelques-unes et les goûta avec délice. Aurore en cueillit une délicatement. Elle sentait la peau si fragile qu’en serrant à peine le jus violet coulait sur ses doigts. Elle croqua la première myrtille, sentit son goût sucré, doux, incomparable. C’était comme un bonbon parfumé. Elle continua à déguster les petits fruits un par un. A un moment, elle regarda ses sœurs. Agathe remplissait son panier rapidement en marmonnant : « Je n’en mangerai plus jamais, c’est trop injuste ! » Amélie dansait de joie, elle tendait ses doigts et avalait toutes les myrtilles qu’elle trouvait en riant. Et son panier était vide.  Agathe gronda ses deux sœurs: « Si vous rentrez avec un panier vide, notre mère vous punira ».

Vite, vite, les deux plus jeunes se mirent à remplir leur panier mais Amélie en glissait encore beaucoup dans sa bouche. Quand tout fut ramassé, elle prirent le chemin du retour. Amélie sautillait avec son panier tout léger, tandis que la grande, Agathe se plaignait de son panier trop lourd.  Aurore les suivait avec son panier moyen. Elle ne savait pas qui avait raison et elle se taisait.

A la maison la mère gronda un peu Amélie. Alors Agathe se mit en colère :  » C’est moi qui en ais rapporté le plus et tu ne reconnais même pas tout mon travail. C’est trop injuste. »  Aurore réfléchissait. Qui avait raison ? Agathe avait passé une très mauvaise journée, toujours en colère et elle n’avait même pas pu apprécier les délicieuses myrtilles. Amélie avait passé une excellente journée, mais si tout le monde se comportait comme Amélie, il n’y aurait pas de confitures pour l’hiver. Aurore ne savait pas alors elle se taisait.

Le lendemain, on annonça la venue d’un grand artiste dans la région. Il organisait un concours où chaque jeune pouvait présenter une œuvre d’art et il offrirait une récompense pour l’œuvre qui le toucherait le plus. Agathe, comme d’habitude, était fâchée. Elle dit à sa mère « Tu ne veux pas m’acheter une vraie toile avec un cadre, ni des peintures de qualité. Si je gagnais, je pourrais te rembourser. A cause de toi, je ne peux pas gagner. » Mais la mère répondit que leur cahiers et leurs crayons de couleur étaient bien suffisants.

Amélie dit qu’elle irait au bord du lac  car tous ceux qu’elle avait vus dessiner ou peindre s’installaient là pour que la dame du lac leur envoie un souffle magique d’inspiration. La mère trouva que c’était une bonne idée et que les trois filles iraient passer la journée au bord du lac. Dès qu’elles furent arrivées, Agathe installa méthodiquement ses papiers et ses crayons et commença à dessiner tout ce qui l’entourait. Amélie, elle, s’installa confortablement pour attendre que la dame du lac vienne à elle. Agathe était exaspérée :

« La dame du lac ne viendra pas car elle n’existe pas.
– Si, elle existe, sinon les peintres ne viendraient pas ici.
– Comment pourrait-elle respirer sous l’eau ?
– C’est une fée. Et d’ailleurs les poissons vivent bien sous l’eau, pourquoi une fée ne pourrait-elle pas vivre là aussi ? »

Aurore ne savait qui croire, alors elle décida de faire le tour du lac pour voir où pourrait bien vivre la dame du lac. A un moment, elle entendit comme un chant dans les feuillages. Était-ce la dame du lac qui chantait ? Elle s’approcha des jeunes roseaux qui ondulaient avec le vent. Les feuilles étaient d’une si jolie couleur. Pour s’amuser, elle en coupa quelques-uns et tressa une petite barque qu’elle pourrait faire flotter. Elle la suivit sur le bord, en guettant toujours un signe de la fée. Un rayon de soleil fit tout à coup briller quelque chose sous l’eau. Aurore plongea la main dans l’eau et en sortit un magnifique petit caillou aux reflets brillants. Elle le plaça dans la barque miniature et curieuse commença à scruter le fond de l’eau. Elle en trouva quelques autres. Jusqu’au moment où elle sentit quelque chose frôler sa cheville dans l’eau. Était-ce un cheveu de la dame ou un poisson ? Elle regarda et vit une superbe pierre d’un bleu profond, comme un joyau. Elle la posa avec ses autres trouvailles dans la petite barque. Elle avait passé l’après-midi perdue dans ses pensées et elle s’aperçut que le soleil déclinait. Il était temps de retrouver ses sœurs pour rentrer.

Agathe avait réalisé des tas de dessins mais aucun ne lui semblait assez joli pour le concours. Amélie s’était endormie dans l’herbe tendre. Elle avait à peine eu le temps de faire quelques traits pour un dessin tout simple. Et Aurore n’avait rien dessiné du tout. Tant pis se dit-elle, je ne sais pas très bien dessiner de toute manière.

Le lendemain, les trois sœurs déposèrent sur la grande table d’exposition leur œuvre. Le grand artiste félicita Agathe pour son beau travail. Puis il dit à Amélie qu’elle avait une belle idée et l’encouragea à s’investir encore plus à l’avenir. Il s’arrêta très intrigué par la petite barque en roseau d’Agathe et lui demanda comment elle avait eu cette idée. Alors Aurore raconta son histoire, sa recherche de la dame du lac. « Mais je ne sais toujours pas si elle existe, conclut-elle ». Le grand artiste lui répondit qu’il ne savait pas non plus. Ce dont il était sûr, c’est qu’Aurore avait trouvé là une très belle inspiration et qu’au moins dans l’imagination d’Aurore, il y avait une dame du lac qui avait insufflé une magnifique œuvre d’art. Il lui décerna le premier prix et la récompense.

« Je ne comprends pas, lui dit Aurore. Je ne sais pas comment j’ai réalisé ceci. D’ailleurs, je me pose toujours des tas de questions, je ne sais rien du tout !  » « Alors regarde les résultats, et dis-moi si tu en es contente » Aurore repensa à sa belle journée de cueillette et à son panier à moitié rempli, à la journée de rêveries au bord du lac à sa petite barque aux trésors et se dit que, oui, elle en aimait bien le résultat.

« Continue à te poser des questions et trouve tes propres réponses » lui dit le grand artiste avec un sourire. « C’est le secret de la sagesse. »

Conte du petit cheval magique

Il était une fois, un jeune prince qui vivait dans un beau château. Le jeune prince appréciait sa chambre, le grand coussin tout moelleux où il allait se reposer. Il aimait aussi aller dans le magnifique jardin aux fleurs multicolores, qui sentaient si bon. Il aimait aussi écouter le bruit du tout petit ruisseau dans lequel il allait parfois chercher des cailloux brillants.

Un jour, le petit prince reçut le plus magnifique des cadeaux : un petit cheval magique !  Il était magnifique, tout blanc avec des petites ailes. Il était encore très jeune et un peu craintif. Le jeune prince s’approcha et tendit sa main pour le caresser : son poil était lisse et tout doux. Le petit cheval vint blottir sa tête contre la poitrine du petit prince. Cela lui fit tellement plaisir, il sentait son cœur battre de bonheur !

A partir de ce jour, le prince et le petit cheval devinrent les meilleurs amis du monde. Ils s’amusaient à galoper dans les couloirs de palais en faisant ce bruit si particulier du galop.
Un jour qu’il étaient dans le jardin et que le petit cheval étendait ses ailes, une tempête se leva et elle emporta le petit cheval au loin. Il disparût dans les airs. Le petit prince tendait les bras pour l’attraper, mais pas moyen. Alors laissant retomber les bras le long de son corps, le petit prince alla se blottir dans un coin, tout triste. Que faire maintenant ?

Le petit prince décida de partir marcher à la recherche de son ami. Il marcha, marcha pendant des heures, sentant ses pieds fatigués sur les pierres du chemin. Il rencontra au village voisin un paysan qui lui conseilla de passer voir la dame qui savait soigner les animaux. Il traversa la forêt, au milieu de grands arbres inquiétants.

Enfin il arriva à la maison de la dame et son cœur s’accéléra quand il vit que son petit cheval était là, bien à l’abri !

Il se précipita pour lui faire un câlin, il était si content de le retrouver.

  • « Nous pouvons rentrer au château » lui dit-il.
  • « Non, répondit la dame, il est blessé et il reste ici pour que je le soigne »
  • « Alors, je reste aussi! »
  • « Très bien mis tu m’aideras à ramasser les plantes pour le soigner »

Et dès le lendemain, le petit prince partit dans la forêt avec la dame. Elle parlait aux arbres comme s’ils étaient ses amis. Elle disait que la chanson du vent dans les feuilles lui répondait. Elle lui montrait la couleur du ciel, la forme des nuages, ceux qui venaient de la pluie et ceux qui restaient paresseusement dans un coin du ciel comme de gros morceaux de coton duveteux.

La dame lui montra une fleur blanche : « Ramasse cette fleur qui aidera à nettoyer la blessure ». Quelques minutes plus tard, elle désigna une petite baie rouge « Celle-ci aidera à cicatriser, il ne faut pas la confondre avec d’autres qui sont des poisons ».

Enfin, ils arrivèrent au bord de la rivière et la dame lui demanda de ramasser une poignée de la terre jaune qui se trouvait là « C’est de l’argile, elle servira de pansement ».

Ils rentrèrent ensuite à la maison, et la dame lui montra comment préparer le mélange puis lui proposa d’aller appliquer le traitement sur la blessure du petit cheval. « Il faudra recommencer tous les jours ». Et chaque jour, le petit prince en apprenait un peu plus sur la nature, et le cheval grandissait jusqu’à devenir un magnifique pégase, un cheval aux ailes majestueuses. Il pouvait gambader dans la prairie mais refusait de déployer ses ailes.

  • « Que s’est-il passé la dernière fois qu’il a déployé ses ailes ? » demanda la dame.
  • « La tempête s’est levée et il a été emporté et blessé. Maintenant il a peur de voler »
  • « Tu es son ami, il a confiance en toi. Toi seul peut trouver les mots pour l’aider »

Alors le prince s’adressa à son ami  :  » Ecoute la chanson du vent dans les arbres, elle est toute douce. Et les nuages dans le ciel sont bien tranquilles. Je vais monter sur ton dos et je resterai avec toi. Si tu commences à courir, tu pourras sentir si tu deviens léger et ralentir quand tu le veux. Je serai avec toi quoique tu décides ».

Alors le pégase étendit ses ailes en frémissant. Il commença à trotter tout tranquillement, se sentit de plus en plus libre à mesure qu’il accélérait. Au galop, il sentit ses ailes qui commençaient à le porter, il ralentit brusquement, tout surpris de cette nouvelle sensation. « Fais de ton mieux » lui chuchota le petit prince. Alors le pégase se mit à battre des ailes et s’envola avec légèreté dans le beau ciel bleu.

C’était un moment de liberté, de joie, de rire.

Il redescendirent enfin, tout ébouriffés et joyeux.

  • « Vous pouvez rentrer au château maintenant » leur dit la dame.
  • « Oui, grand merci pour tous vos soins ».

Et depuis ce jour, le prince et son pégase vivent heureux dans leur château. Ils font souvent de magnifiques ballades dans le ciel et ils vont rendre visite à la dame qui soigne les animaux pour en apprendre encore plus sur les secrets de la nature.

L’enfant rêveur de fumée

Conte à lire juste avant de s’endormir pour un enfant inquiet – ou pour un grand qui porte encore au fond de lui un petit à rassurer.

Il était une fois petit garçon qui s’appelait Babou et qui vivait dans un tout petit village isolé au milieu de la savane. Plusieurs années auparavant, il y avait eu un très grand feu de brousse qui avait ravagé le village et tué de nombreux habitants. Le village s’occupait des enfants orphelins et Babou était le plus petit d’entre eux.

Tout le village craignait les incendies, alors ils avaient instauré un poste d’observation. Les habitants se relayaient pour surveiller l’arrivée d’un danger. Un jour que Babou apportait son déjeuner à l’homme qui observait les alentours, le petit garçon prit le temps de s’asseoir. Il sentait un vent léger sur sa peau, la planche de bois sous ses pieds, l’odeur si caractéristique des herbes chauffées par le soleil et tandis qu’il contemplait le magnifique paysage, il ressentait une vague de bien-être, de satisfaction. Il regardait les oiseaux dans le ciel, écoutait leurs cris et riait de leur ballet si gracieux.

Au bout d’un moment, il vit que les gazelles semblaient s’enfuir vers le sud, puis un troupeau de zèbres qui semblait effrayés et enfin les éléphants, réputés pour leur sagesse, qui semblaient se hâter dans la même direction. De quoi avaient-ils peur ? En plissant ses yeux pour mieux voir, Babou vit un léger panache de fumée. Un feu qui débutait ! Babou sentit la panique monter en lui. Il s’empressa de tirer la manche de l’homme à côté de lui et lui montra la fumée, tout au loin. Mais l’homme, lui, ne voyait rien du tout, il haussa les épaules et se rassit. « Tu te trompes Babou, calme-toi » lui dit-il. Comment se calmer quand Babou voyait se profiler le plus grand danger de tous ?

Alors Babou descendit chercher Kalo, son voisin qui était un jeune homme très agile. Kalo grimpa au poste d’observation et Babou lui montra la fumée. Kalo redescendit, très en colère : « Tu m’as fait une mauvaise blague, il n’y a pas de fumée » et Kalo poussa Babou brutalement sur le sol.

Babou avait envie de pleurer, il essayait de contenir ses larmes, ce n’était pas la première fois qu’il roulait dans la poussière. Mais surtout, Babou avait peur que le feu ne vienne de nouveau ravager le village et personne ne le croyait. Alors, puisque personne ne pouvait voir la fumée, Babou remonta pour observer, tout empli de crainte. A ce moment-là, un gros nuage arriva, une pluie bien fraiche arrosa la région et éteignit la fumée. Quel soulagement !

Dès le lendemain, la chaleur était revenue et Babou se dit qu’un autre feu pouvait se déclarer. Il comprit qu’il était le seul du village à pouvoir surveiller les incendies. Malgré sa fatigue, jour après jour, il montait au poste d’observation pour regarder l’horizon. Tout le village se moquait de Babou en l’appelant « le Rêveur de Fumée ».

Arriva le jour de la Grande Fête de la ville voisine : il aurait beaucoup de monde, des marchands aux étals magnifiques, des danses, des chants. Tout le village se rendit à la fête avec enthousiasme. Babou était étourdi par l’odeur des épices, émerveillé par tous ces gens différents, aux habits colorés, même si le vacarme était un peu étourdissant, il se sentait heureux d’être là. Son regard s’arrêta sur un grand mage, tout de blanc vêtu. Babou était fasciné par le sourire de cet homme qui dégageait une puissance tranquille.

Le grand mage blanc s’avança vers Babou. « Bonjour, Babou dit-il. Est-il vrai que tu vois ce que les autres ne voient pas ? » Babou était à la fois étonné que le mage le connaisse, et un peu inquiet à l’idée qu’il se moque de lui. Babou se contenta de hocher la tête. Le mage poursuivit : « Moi aussi je vois ce que les autres ne voient pas et c’est pour ça que je suis devenu le conseiller du roi. Quand je vois une fumée au loin qui menace un village, j’invoque les nuages avec mes pouvoirs magiques et la pluie va éteindre le feu ». Babou est émerveillé. Le mage continue « Voudrais-tu venir vivre ici pour que je t’enseigne la magie des nuages et de la pluie et bien d’autres encore, pour devenir mage à ton tour et veiller sur ton village et sur tout le royaume ? Ce sera long et parfois difficile mais je sais que tu en es capable. » Babou n’en croit pas ses oreilles, bien sûr, il aimerait tant comprendre et apprendre la magie.

Alors, le grand mage se présente aux habitants du village pour leur dire que Babou va partir. Il veut bien leur donner un cadeau en remerciement. Ils peuvent choisir de recevoir le miroir du Désir ou le miroir de la Vérité.

Kalo le plus rapide vient se contempler dans le miroir de la Vérité. Il y voit un jeune homme mince, aux vêtements un peu usés et aux poings serrés. Devant le miroir du Désir, il voit un fier guerrier, aux muscles saillants et qui brandit un magnifique bouclier. « Je préfère le second miroir, dit-il »

La voisine, qui crie souvent après les enfants, vient devant le premier miroir. Elle y voit une femme triste, aux cheveux emmêlés. Les coquillages de son collier sont un peu ébréchés. Devant le second miroir, elle s’attarde à regarder une belle jeune fille, à la robe somptueuse, couverte de bijoux magnifiques. Elle aussi, veut garder le second miroir. Et chacun dans le village se contemple et choisit le second miroir.

Vient le tour de Babou. Dans le miroir de la Vérité, il voit un petit garçon frêle et triste, dans une tunique poussiéreuse. Dans le second, Babou voit le grand mage blanc. C’est étrange. Il observe attentivement et se rend compte qu’il s’agit d’un Babou qui a grandi et qui a revêtu les habits blancs. Cette image dégage la même intelligence et la même gentillesse que le vrai mage. Babou sent une grande vague de bonheur l’envahir. Oui, il veut vraiment apprendre la magie. Le grand mage demande à Babou quel miroir il voudrait garder. Babou réfléchit très sérieusement, puis il répond : « Je veux apprendre la magie, garder le miroir de la Vérité pour y voir mes progrès, et un jour, je m’y verrai en grand mage blanc ». Babou se regarde à nouveau dans le premier miroir, et son image est presque la même, sauf qu’il a maintenant un grand sourire de contentement. Le mage se penche alors vers lui et lui dit gentiment : « Bravo Babou, tu viens d’apprendre la première leçon ».

Et depuis ce jour, Babou est l’assistant du grand mage et il est très fier de dire qu’il est un « Rêveur de Fumée ».

Celui qui voulait savoir ce qu’est un zèbre ou comment gérer ses relations avec des gens différents.

Patrick semble agité en entrant dans la salle, il ne veut pas faire une séance de coaching aujourd’hui. Il a des questions à me poser.

Patrick a entamé une démarche de coaching il y quelques mois, il se disait satisfait du travail engagé. Que se passe-t-il ? Il ne s’agit pas de lui, il a amené son fils de huit ans voir une psychologue et elle lui a annoncé qu’il était probablement un « zèbre ». Il a donc fait des recherches sur internet et a vu que mon site s’appelle « Zèbre Libre ». Il avait hâte de me voir, il veut savoir ce que j’entends par « Zèbre ».

Je confirme que la définition de « Zèbre » est un raccourci pour parler de quelqu’un dont le fonctionnement intellectuel semble un peu trop rapide, incohérent et bien loin de l’image de perfection d’un surdoué qui réussirait tout ce qu’il entreprend. Comme tous les raccourcis, il n’y pas consensus sur son contenu et il recouvre quantité de réalités bien différentes.

Je lui propose de lui envoyer dès le lendemain par mail une série de références que je trouve intéressantes : livres, vidéos, sites de parents.

J’observe qu’il reste fébrile et je lui demande si nous pourrions consacrer la séance à cette situation qui semble le perturber. Il passe un long moment à essayer de décrire les conséquences fâcheuses qu’il craint pour son fils. Être moqué par ses camarades parce qu’il est différent, le mépris de certains enseignants qui n’apprécient guère ces petits donneurs de leçons, la difficulté à s’intégrer dans un cadre professionnel ou social parce qu’on comprend trop vite et que les autres s’en offusquent, et surtout, l’ennui. Avoir l’impression qu’on a trop peu d’occasions de partager sur nos passions, de devoir maquiller ses rayures pour être accepté dans le troupeau des chevaux.

Je fais remarquer à Patrick qu’il semble bien comprendre toutes les conséquences et qu’à l’entendre, il a vécu toutes ces situations lui-même. Il sourit, son fils lui ressemble beaucoup au niveau du caractère, ça ne rend pas les choses plus faciles, au contraire. Patrick commence à comprendre qu’il a peur de voir son fils souffrir comme lui-même a souffert de se sentir différent. Les réponses qu’il a trouvées sont celles du petit enfant qu’il était : porter un masque, s’adapter à tout prix quitte à renoncer à ce qu’il a envie d’être. C’est tellement lourd à porter.

Quelle serait la question à laquelle dont il voudrait discuter pendant cette séance ? Il hésite entre « Comment moins paniquer quand il pense aux problèmes de son fils ? » ou bien « comment gérer son propre décalage ? ». Pour moins paniquer, il sait qu’il faut respirer, faire du sport. Méditer, il faudrait qu’il s’y mette, mais il n’y arrive pas. Il lui semble que la question de savoir gérer son propre décalage est bien plus difficile, qu’il n’y a pas le temps de la résoudre en une séance mais qu’il a besoin d’être plus lucide sur lui-même avant de pouvoir aborder la zébritude de son fils.

Nous finissons par réduire le champ de la question à : « Quelle stratégie mettre en place pour qu’il puisse répondre à ses propres besoins et à mieux cadrer son rôle de Papa Zèbre ? »

Comment Patrick définit-il son rôle de père ? Il parle de subvenir aux besoins fondamentaux de son fils : sécurité, nourriture, amour, transmission de valeurs. Concrètement, il évoque les moments de découvertes partagées dans leurs ballades en forêt, leurs visites de châteaux — car Patrick est passionné d’architecture et son fils d’histoire. Leurs parties d’échecs où ils discutent âprement leurs stratégies — le petit est doué, il bat déjà régulièrement sa mère. Inversement, apprendre à faire du vélo a été compliqué, il a peu d’équilibre et a encore peur de tomber. Comment Patrick gère-t-il cette difficulté de son fils ? Court-t-il derrière en tenant la selle ? Patrick est plutôt convaincu qu’il vaut mieux pour l’enfant lui apprendre à tomber sans se faire trop mal, c’est en faisant ses propres expériences qu’il parviendra à trouver son équilibre. Patrick cesse de parler, il sourit, il comprend qu’il ne pourra pas empêcher son fils de vivre les difficultés de sa vie et que son rôle de père sera d’être présent pour l’écouter, le comprendre et l’encourager.

En y réfléchissant, il se rend compte qu’il y a un lien avec la raison pour laquelle il avait entamé un coaching : on lui reprochait de ne pas savoir déléguer. C’était difficile pour lui de confier une tâche à quelqu’un qui ne voyait pas toutes les conséquences de son travail quand lui-même se sentait à l’aise dans la complexité d’un dossier client.

Il n’avait jamais fait le lien avec son comportement dans son équipe. La question serait maintenant « Comment je mets en place un cadre pour déléguer de manière efficace ? ». Nous arrivons en fin de séance, et ce sera l’objet de la suivante.

Avec quoi Patrick repart-il aujourd’hui ? Il a envie de mieux comprendre ce qu’est la douance et attend mes liens avec impatience. Patrick commence même à songer qu’il pourrait consulter un thérapeute spécialisé pour mieux se gérer lui-même que cela pourrait l’aider à être un meilleur manager. Il n’a pas encore admis l’idée qu’il est probablement zèbre lui-même, il n’est pas sûr d’avoir envie qu’on lui colle cette étiquette. Il se sent surtout réconforté dans l’idée qu’il fait déjà de son mieux pour éduquer son enfant — parce que zèbre ou pas, c’est avant tout un enfant qu’il veut élever dans le respect de qui il est.

Ceci est un conte, Patrick n’existe pas réellement. Ou plutôt elles/ ils existent collectivement et j’ai composé un patchwork de beaux moments.

Ce Patrick vous semble-t-il familier ? Dans quelle mesure ce portrait peut-il être utile ? J’attends vos commentaires avec …intérêt 😉

Celui qui ne tenait pas ses bonnes résolutions ou comment gérer ses plans pour la nouvelle année

Assis au fond de son fauteuil, Marc semble las en ce tout début d’année. Trop de fêtes, trop de bruit, trop d’excès …

Sa démarche de coaching a déjà bien avancé depuis plusieurs mois, ses objectifs sont définis, son plan d’actions prend forme et pourtant, lors de cette sixième séance, il a l’air songeur, hésitant.

Cette pause de fin d’année l’a ébranlé. Il ne se sent jamais très à l’aise dans les réunions familiales car les conversations futiles sur les dernières vacances, la météo ou les grèves l’ennuient prodigieusement. Il ne sait plus parler d’autre chose que son métier et sa famille ne s’y intéresse pas, ils n’ont rien à se dire. Son job est peut-être le seul domaine de sa vie où il a l’impression d’être utile et positif, il y investit donc toute son énergie.

Que voudrait-il changer ? Il a cessé depuis longtemps de prendre de bonnes résolutions pour la nouvelle année. C’était enthousiasmant pendant quelques jours, puis la vie reprenait son cours et il se sentait honteux d’avoir abandonné toutes ces belles intentions.

Quel genre de belles intentions a-t-il ?

Se cultiver, sortir voir des expositions, mais il est si fatigué le week-end.

Maigrir, faire du sport, il en aurait bien besoin. Il a payé un abonnement à une salle de sport l’année dernière pour n’y mettre les pieds que deux fois. Déprimant comme bilan.

Il aimerait renouer avec ses amis de l’époque étudiante, la vie était facile, ils allaient au cinéma ou boire un verre . Il n’a plus le temps maintenant. L’énergie de Marc est au plus bas rien qu’en pensant à tout ce qu’il faut qu’il fasse.

Et pourquoi faut-il avoir de bonnes résolutions ? Et pourquoi faut-il s’y tenir ? Marc hausse les épaules.

Et s’il pensait à ce qui lui tient vraiment à cœur ? S’il devait ne revoir qu’un seul ami, lequel voudrait-il choisir ?

Pedro, son copain d’école ! Marc semble surpris par ce nom qu’il prononce car ils ne se sont pas vus depuis cinq ans. Avec Pedro, ils avaient partagé leurs rêves, leurs premières sorties, leur matches de tennis. Ils s’étaient consolés quand le charme d’une sirène leur tournait la tête pour les ignorer ensuite. Pedro était un garçon réservé, capable d’écouter et il savait comme personne remonter le moral de Marc avec son humour décalé. Il y avait une telle confiance entre eux. Marc n’a jamais retrouvé un ami dont il se sente si proche.

En parlant de Pedro, Marc a changé de posture. Il s’est avancé sur sa chaise, ses mains s’agitent, il s’anime.

Est-ce une bonne résolution de début d’année ? Non, depuis qu’il pense à Pedro, Marc a hâte de le contacter. Il semble porté par cette évidence, il a eu la chance d’avoir rencontré un ami fidèle, il veut faire son possible pour voir si cette amitié aura survécu au temps.

Que retire-t-il de cette séance ?

Il a toujours planifié ses projets comme on lui disaient de le faire les livres de management : avoir une vision, définir les bonnes priorités, construire un plan d’actions, poser des jalons …

Ça ne fonctionne pas pour Marc, il se lasse d’être trop raisonnable. Il a besoin que le changement qu’il décide dans sa vie soit une évidence, une urgence. Et qui sait, ajoute-t-il en souriant, peut-être Pedro et lui se motiveront-ils ensemble pour faire du sport ?

Ce Marc vous semble-t-il familier ? Dans quelle mesure ce portrait peut-il être utile ? J’attends vos commentaires avec … amitié 😉

Celui qui avait du bruit dans la tête ou comment se concentrer sur un sujet à la fois

Bremen Town Band, Bremen, Germany. Taken by Adrian Pingstone in 1990 and released to the public domain.

Thomas rentre en séance de coaching d’un pas décidé, il bouscule une chaise, fait tomber son sac, s’assied puis se relève pour me dire bonjour, le tout en moins de cinq secondes chrono !

Il veut consacrer cette séance au thème « réussir sa prochaine présentation » et espère que je lui donne quelques « trucs » pour être plus convaincant.

Je lui demande de se présenter. Il est chef de projet pour un des produits phares de l’entreprise, le marché est tendu mais il sait qu’il tient la bonne solution technologique, il commence d’ailleurs à m’en expliquer le principe. J’interromps difficilement le flot de ses paroles, je n’en sais pas beaucoup plus sur qui il est. Il s’excuse, il est passionné par son sujet et puis, c’est tout à fait pertinent par rapport à sa demande pour la séance puisque l’objectif immédiat est qu’il prépare sa présentation !

Comment se sent-il ? Frustré, c’est toujours pareil, personne ne l’écoute ou ne semble le comprendre. Il ne peut jamais faire passer ses messages.

En une seule phrase, que voudrait-il que je comprenne de lui ? Il est soudain silencieux, il fronce les sourcils. Il ne saura pas résumer tout en une seule phrase, il y a tant à dire.

Et dans ses présentations professionnelles, quel message voudrait-il que ses interlocuteurs comprennent ? Il prend quelques secondes et finit par aboutir sur « Pour tirer pleinement bénéfice de ce nouveau projet, il est nécessaire de focaliser le développement sur les fonctions principales afin de pouvoir livrer un produit attractif sur le marché rapidement. » Il semble lui-même surpris d’avoir énoncé une phrase aussi bien construite et s’empresse de la noter. Je lui fais remarquer que depuis le début de l’entretien, c’est la première phrase qu’il a articulée à un rythme tranquille, qu’elle est complète et suivie d’une pause. Il rit. Il sait qu’il est difficile à suivre, son débit de parole soutenu énerve souvent les autres.

Et on lui reproche aussi de passer du coq à l’âne. Mais ajoute-t-il, il y a une p*** de ménagerie dans sa tête, ça lui rappelle le conte de son enfance « Les musiciens de Brême » où chaque animal s’égosille pour se faire entendre, une vraie cacophonie. Il y a plein d’idées là-haut dit-il en montrant son crâne, et ça rebondit dans tous les sens.

En classe ? c’était un cauchemar, on lui demandait toujours de se taire. Le psychiatre avait même proposé qu’il prenne des médicaments : du méthylphénidate – le composé actif de la « Ritaline ». Ses parents s’étaient renseignés, donner un stimulant à un gamin déjà incontrôlable, ça n’avait pas de sens. Et puis son père était pareil à son âge, pas de raison de s’inquiéter. Il avait donc enduré le reste de sa scolarité au rythme des réprimandes et des punitions.

Y a-t-il un chef d’orchestre dans sa fanfare interne ? Oui, quand il est en retard pour livrer un travail important, il stresse et il est capable de se concentrer, de partir dans le « flow », il est à fond dans son sujet, plus rien n’existe autour de lui, il peut même en oublier d’aller manger, boire. Quand il sort de ces phases, il est épuisé, hébété, des fourmis dans les jambes car il n’a pas senti que la circulation du sang se coupait. C’est flippant, il ne peut jamais avoir une concentration normale, c’est du tout ou rien. Il aime bien ce symbole de la fanfare et du chef d’orchestre.

Et si le boss avait besoin d’une nourriture différente de celle des musiciens, Thomas aurait-il envie de l’alimenter pour qu’il soit présent plus souvent et plus sereinement ? Oui, ce serait extraordinaire.

Qu’est-ce qui renforce ou fatigue son chef d’orchestre ?

– Le manque de sommeil est un vrai souci. Fatigué, Thomas a l’impression de faire n’importe quoi.

– Faire du sport intense le fatigue sur le moment mais il en perçoit les bénéfices le lendemain après une bonne nuit de sommeil.

– Quand il a une tâche fastidieuse à accomplir, Thomas procrastine, il grignote des montagnes de sucreries, il évite l’alcool parce qu’il pourrait en abuser.

– Le stress aide le chef d’orchestre à court-terme mais épuise ses ressources.

– Quand il travaille sur un projet passionnant avec une équipe enthousiaste et sympathique, Thomas se sent bien, comme si « sa musique jouait en harmonie avec les autres ».

Connait-il les principaux neurotransmetteurs et leurs effets sur le comportement ? Thomas s’est intéressé au sujet, il sait que l’adrénaline le booste. Il ne pense pas manquer de sérotonine, le « messager du bonheur ». La dopamine, la clé de la motivation et de la récompense, il pense qu’effectivement, il a un problème à ce niveau. Il ne savait pas que les neurones dopaminergiques ne fonctionnent qu’avec ce neurotransmetteur. Gérer sa dopamine serait la clé pour nourrir son « chef d’orchestre » ?

Alors comment faire ? Toutes les activités que Thomas a mentionnées sont effectivement très influentes sur l‘activation des circuits dopaminergiques. Il comprend mieux la proposition du psychiatre : stimuler son « chef d’orchestre » avec du méthylphénidate qui agit sur la dopamine. Il compte faire des recherches sur le sujet. Il a surtout hâte d’aller échanger avec d’autres comme lui sur des groupes de partage pour glaner des astuces.

Et sa question du début sur “comment faire passer des messages” ? Il a su rédiger facilement son message principal. Il se rend compte surtout que depuis que nous parlons de « sa fanfare intérieure », il n’a pas perdu le fil de ses pensées, il a pu écouter, répondre par des phrases complètes et il sent toute la différence : il a cessé de projeter des idées en rafale, il apprécie d’échanger. Il a besoin de réfléchir sur ce qui change sa « mélodie intérieure » et nous en reparlerons à la séance suivante.

Ceci est un conte, Thomas n’existe pas réellement. Ou plutôt elles/ ils existent collectivement et j’ai composé un patchwork de beaux moments.

Ce Thomas vous semble-t-il familier ? Dans quelle mesure ce portrait peut-il être utile ? J’attends vos commentaires avec …hâte 😉