Aurore et la dame du lac

Il était une fois, une très jeune fille qui s’appelait Aurore. Elle vivait avec sa famille dans un tout petit village au bord de la forêt. Elle avait deux sœurs un peu plus grandes qu’elle. La première s’appelait Agathe et elle voulait toujours avoir raison. Agathe discutait tout le temps. Aurore l’admirait parce qu’elle semblait savoir tant de choses. La seconde sœur s’appelait Amélie et elle voulait toujours être la plus jolie. Elle avait de longues boucles blondes, un sourire éblouissant et elle dansait tout le temps. Aurore l’admirait comme tout le monde autour d’elle.

Un jour, leur maman leur dit : « Aujourd’hui, vous allez partir toutes les trois dans la forêt pour cueillir des myrtilles, afin que je fasse des confitures pour l’hiver. » Agathe, la première, répondit en croisant ses bras : « Ce n’est pas juste ! Tous les autres enfants du village vont s’amuser aujourd’hui et nous devons travailler ? Je ne veux pas ! »

La mère se mit très fort en colère : » Tu vas m’obéir, sinon je te punirai durement ! » Agathe n’osa pas continuer à protester. Elle prit son panier en marmonnant « Ce n’est vraiment pas juste ».

Les deux autres filles prirent leur panier et la suivirent. Dès qu’elles furent sorties du village, Agathe explosa : « Pourquoi n’avez-vous rien dit ? Vous obéissez sans réfléchir ? » Elle était vraiment très en colère.

Amélie lui répondit :  » Moi, j’adore les myrtilles », elle continua sur le chemin d’un pas léger. Agathe, toujours furieuse dit alors : « Moi je suis fâchée alors je ne veux plus manger de myrtilles. » Aurore ne savait pas qui avait raison, et elle les suivit en silence.

Arrivée dans le vallon où poussaient les myrtilles, Amélie poussa un grand cri de joie. Elle se précipita pour en cueillir quelques-unes et les goûta avec délice. Aurore en cueillit une délicatement. Elle sentait la peau si fragile qu’en serrant à peine le jus violet coulait sur ses doigts. Elle croqua la première myrtille, sentit son goût sucré, doux, incomparable. C’était comme un bonbon parfumé. Elle continua à déguster les petits fruits un par un. A un moment, elle regarda ses sœurs. Agathe remplissait son panier rapidement en marmonnant : « Je n’en mangerai plus jamais, c’est trop injuste ! » Amélie dansait de joie, elle tendait ses doigts et avalait toutes les myrtilles qu’elle trouvait en riant. Et son panier était vide.  Agathe gronda ses deux sœurs: « Si vous rentrez avec un panier vide, notre mère vous punira ».

Vite, vite, les deux plus jeunes se mirent à remplir leur panier mais Amélie en glissait encore beaucoup dans sa bouche. Quand tout fut ramassé, elle prirent le chemin du retour. Amélie sautillait avec son panier tout léger, tandis que la grande, Agathe se plaignait de son panier trop lourd.  Aurore les suivait avec son panier moyen. Elle ne savait pas qui avait raison et elle se taisait.

A la maison la mère gronda un peu Amélie. Alors Agathe se mit en colère :  » C’est moi qui en ais rapporté le plus et tu ne reconnais même pas tout mon travail. C’est trop injuste. »  Aurore réfléchissait. Qui avait raison ? Agathe avait passé une très mauvaise journée, toujours en colère et elle n’avait même pas pu apprécier les délicieuses myrtilles. Amélie avait passé une excellente journée, mais si tout le monde se comportait comme Amélie, il n’y aurait pas de confitures pour l’hiver. Aurore ne savait pas alors elle se taisait.

Le lendemain, on annonça la venue d’un grand artiste dans la région. Il organisait un concours où chaque jeune pouvait présenter une œuvre d’art et il offrirait une récompense pour l’œuvre qui le toucherait le plus. Agathe, comme d’habitude, était fâchée. Elle dit à sa mère « Tu ne veux pas m’acheter une vraie toile avec un cadre, ni des peintures de qualité. Si je gagnais, je pourrais te rembourser. A cause de toi, je ne peux pas gagner. » Mais la mère répondit que leur cahiers et leurs crayons de couleur étaient bien suffisants.

Amélie dit qu’elle irait au bord du lac  car tous ceux qu’elle avait vus dessiner ou peindre s’installaient là pour que la dame du lac leur envoie un souffle magique d’inspiration. La mère trouva que c’était une bonne idée et que les trois filles iraient passer la journée au bord du lac. Dès qu’elles furent arrivées, Agathe installa méthodiquement ses papiers et ses crayons et commença à dessiner tout ce qui l’entourait. Amélie, elle, s’installa confortablement pour attendre que la dame du lac vienne à elle. Agathe était exaspérée :

« La dame du lac ne viendra pas car elle n’existe pas.
– Si, elle existe, sinon les peintres ne viendraient pas ici.
– Comment pourrait-elle respirer sous l’eau ?
– C’est une fée. Et d’ailleurs les poissons vivent bien sous l’eau, pourquoi une fée ne pourrait-elle pas vivre là aussi ? »

Aurore ne savait qui croire, alors elle décida de faire le tour du lac pour voir où pourrait bien vivre la dame du lac. A un moment, elle entendit comme un chant dans les feuillages. Était-ce la dame du lac qui chantait ? Elle s’approcha des jeunes roseaux qui ondulaient avec le vent. Les feuilles étaient d’une si jolie couleur. Pour s’amuser, elle en coupa quelques-uns et tressa une petite barque qu’elle pourrait faire flotter. Elle la suivit sur le bord, en guettant toujours un signe de la fée. Un rayon de soleil fit tout à coup briller quelque chose sous l’eau. Aurore plongea la main dans l’eau et en sortit un magnifique petit caillou aux reflets brillants. Elle le plaça dans la barque miniature et curieuse commença à scruter le fond de l’eau. Elle en trouva quelques autres. Jusqu’au moment où elle sentit quelque chose frôler sa cheville dans l’eau. Était-ce un cheveu de la dame ou un poisson ? Elle regarda et vit une superbe pierre d’un bleu profond, comme un joyau. Elle la posa avec ses autres trouvailles dans la petite barque. Elle avait passé l’après-midi perdue dans ses pensées et elle s’aperçut que le soleil déclinait. Il était temps de retrouver ses sœurs pour rentrer.

Agathe avait réalisé des tas de dessins mais aucun ne lui semblait assez joli pour le concours. Amélie s’était endormie dans l’herbe tendre. Elle avait à peine eu le temps de faire quelques traits pour un dessin tout simple. Et Aurore n’avait rien dessiné du tout. Tant pis se dit-elle, je ne sais pas très bien dessiner de toute manière.

Le lendemain, les trois sœurs déposèrent sur la grande table d’exposition leur œuvre. Le grand artiste félicita Agathe pour son beau travail. Puis il dit à Amélie qu’elle avait une belle idée et l’encouragea à s’investir encore plus à l’avenir. Il s’arrêta très intrigué par la petite barque en roseau d’Agathe et lui demanda comment elle avait eu cette idée. Alors Aurore raconta son histoire, sa recherche de la dame du lac. « Mais je ne sais toujours pas si elle existe, conclut-elle ». Le grand artiste lui répondit qu’il ne savait pas non plus. Ce dont il était sûr, c’est qu’Aurore avait trouvé là une très belle inspiration et qu’au moins dans l’imagination d’Aurore, il y avait une dame du lac qui avait insufflé une magnifique œuvre d’art. Il lui décerna le premier prix et la récompense.

« Je ne comprends pas, lui dit Aurore. Je ne sais pas comment j’ai réalisé ceci. D’ailleurs, je me pose toujours des tas de questions, je ne sais rien du tout !  » « Alors regarde les résultats, et dis-moi si tu en es contente » Aurore repensa à sa belle journée de cueillette et à son panier à moitié rempli, à la journée de rêveries au bord du lac à sa petite barque aux trésors et se dit que, oui, elle en aimait bien le résultat.

« Continue à te poser des questions et trouve tes propres réponses » lui dit le grand artiste avec un sourire. « C’est le secret de la sagesse. »

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