Celui qui va trop vite -ou comment se débarrasser de sa réputation de cheval fou

Paul est un jeune ingénieur, respecté pour son expertise, plein d’enthousiasme. On dit de lui qu’« il ne lâche rien ». Il a toutes les compétences pour mener le projet de construction d’une nouvelle unité de production et il rêve d’obtenir ce poste. Il est très déçu qu’on accorde le job à un collègue senior, qui d’ailleurs ne semble pas heureux d’être nommé. « Beaucoup d’em…ennuis à venir et aucune reconnaissance à espérer » selon ce dernier. Paul enrage. Il en parlé à sa hiérarchie. On lui répond qu’il est un peu jeune. Il vient pourtant de passer la trentaine et il a le profil idéal pour les recruteurs : à la fois jeune avec une expérience de quelques années, il est motivé et opérationnel.

La responsable RH comprend ce qui risque de passer : Paul va chercher une opportunité hors de l’entreprise. Ce sera une perte car il est identifié comme « talent », l’entreprise a investi dans sa formation au management dans une école réputée. La responsable RH tente alors de lui proposer un coaching pour travailler à ce qui pourrait le bloquer dans sa carrière en interne.

Quand il arrive en séance, il est en colère. Furieux de cette injustice flagrante : le Comex attend de lui qu’il fasse le gros du travail mais refuse de lui accorder le titre qui va avec. 

Il raconte à quel ce métier est dur mais passionnant : de nombreuses tâches à coordonner, des sous-traitants multiples, des aleas techniques tous les jours. Tout cela demande d’être en vigilance constante, il jubile quand il en parle.

 Qu’est-ce qui est le plus compliqué pour lui ? D’abord l’indécision du COMEX fait perdre un temps précieux sur le planning du projet. Comment le gère-t-il ? Il apostrophe les responsables quand il les croise et les somme de trancher. Souvent il regrette d’avoir parlé trop vite car il voit bien que ça ne fait que les exaspérer et il a acquis une réputation de cheval fou. D’ailleurs, un questionnaire 360° fait l’année précédente donne une conclusion très positive à une exception près : il faudrait qu’il prenne le temps de réfléchir avant de parler. Comment faire ? 

Connait-il d’autres personnes comme lui ? Bien sûr : son fils aîné est une pile électrique, il est ravi de pouvoir passer du temps avec lui à jouer au football, à faire de l’accro-branches, du vélo. Ils ne sont jamais fatigués. Sa belle-famille dirait même qu’ils sont fatigants …

Et comment a-t-il vécu l’école ? C’est un miracle qu’il ait obtenu un diplôme. Tous les professeurs stricts se plaignaient de lui, il ne tenait pas en place, n’écoutait rien. A l’inverse, il a eu quelques professeurs qui l’ont inspiré. Ceux qui qui voyait en lui un jeune intellectuellement brillant, qui lui donnaient des responsabilités et surtout… l’occasion de bouger « utile » pendant les cours. D’ailleurs il abhorre les réunions sans fin enfermés dans une pièce à se faire mousser. Il préfère les réunions de travail, où on prend des décisions rapides avec les gens de terrain, debout au milieu du chantier.

Paul prend conscience comprend que son impulsivité a de bons côtés : on compte sur lui pour être efficace et vigilant. Mais le revers de la médaille est qu’on ne lui fait pas confiance pour lui donner des responsabilités managériales. Trois comportements lui nuisent : il manifeste un certain mépris à sa hiérarchie, il donne l’impression de ne pas réfléchir avant de parler, il ne peut pas se poser dans les longues réunions.  Comment faire puisque son problème est justement qu’il est incapable de se contrôler !

Dans quel contexte réussit-il à se calmer ? Il ne voit pas. Et pourtant, s’il a commencé la séance très agité sur sa chaise à parler sans arrêt, il est maintenant parfaitement calme et respecte le temps du dialogue. « Oui, mais c’est très intéressant là ce qu’on se dit, on avance ». Ce serait donc quand une conversation n’avance pas qu’il serait pris d’une envie d’interrompre ses interlocuteurs ? Il est stupéfait, c’est une évidence !

Nous utilisons un outil où il joue le rôle de la personne du COMEX qui l’agace le plus – son propre responsable de département-, et il parle à la chaise qui représente Paul. Il se prend au jeu, habite complètement le personnage du top manager et comprend son point de vue. Il conclut son discours à l’égard du personnage Paul  : « c’est vraiment un petit con ! ». Il vient donc de vivre pendant un instant la position de l’autre et de se voir depuis une perspective extérieure – et essentielle pour son avancement professionnel. Comment veut-il maintenant s’adresser à son chef de département ? Avec du respect, en essayant de comprendre quelle est la vue d’ensemble pour l’entreprise. Son esprit curieux aime l’idée de comprendre ce que pense l’autre et que ce temps passé à y réfléchir lui évitera peut-être de grosses maladresses.

Paul se dit ravi à l’issue de cette première séance et … très impatient de venir à la suivante.

Ceci est un conte, Paul n’existe pas réellement. Ou plutôt ils existent collectivement et j’ai composé un patchwork de beaux moments.

 Ce Paul vous semble-t-il familier ? Dans quelle mesure ce portrait peut-il aider ? J’attends vos commentaires avec …impatience 😉

Article publié sur Medium

Portrait : Celle qui se demandait si elle était normale ou comment savoir si l’on est autiste

Clara est une jeune femme souriante qui vient en coaching parce qu’elle doit décider si elle doit poursuivre sa carrière bien tracée dans le centre de recherche en imagerie du vivant où elle a fait sa thèse ou bien si elle doit partir dans l’industrie prendre un poste de Recherche et Développement dans le même domaine. D’un côté, la sécurité, plus de liberté dans le choix de ses sujets de recherche et la reconnaissance internationale d’un laboratoire prestigieux, de l’autre un salaire bien meilleur et des moyens financiers importants.

Son responsable lui a dit qu’il valait mieux qu’elle reste dans le confort douillet d’un petit département car “c’est mieux pour une autiste”.

Cette phrase a été pire qu’un coup de poing. Depuis, elle ne dort plus et elle enchaine les crises d’angoisse.

Sa demande pour notre séance de coaching est donc : “Dites-moi si je suis autiste pour savoir si je peux postuler dans le privé”

Comment Clara se voit-elle ? Elle n’a aucune idée de ce qu’est vraiment l’autisme. Elle a bien cherché sur Internet, mais elle ne correspond qu’à la moitié des symptômes, rien qui permette de conclure. Elle a vu des psychologues dans son enfance qui avaient testé son Quotient Intellectuel. A plus de 140, elle était ce qu’on appelle “Haut Potentiel”, avec un profil dit complexe car ses performances étaient hétérogènes. Mais cela ne rend en rien compte du décalage qu’elle a ressenti à l’école.

Elle ne supportait pas le bruit de la classe et la violence des contacts entre les élèves. Elle avait beaucoup de compassion lorsque quelqu’un était maltraité mais elle ne savait pas trop comment faire pour intervenir.

C’était la seule élève à préférer les cours de sciences à la récréation. Elle est passionnée depuis l’enfance par la biologie et les mathématiques, au point de pouvoir parfois corriger les inexactitudes de certains professeurs lorsqu’ils étaient peu informés des dernières publications scientifiques.

Elle avait quelques amies très proches qui partageaient ses passions pour la musique et le cheval, mais peinait à s’en faire de nouvelles.

Adulte, elle trouve encore la plupart des gens très ennuyeux. Impossible d’avoir une conversation intéressante avec eux. Pour se faire accepter, elle a appris par cœur les platitudes à dire en fonction des circonstances. Elle se sent épuisée à leur contact.

Dans quelle mesure l’environnement où elle travaille aujourd’hui lui convient-il ? Elle a quelques collègues aussi focalisés qu’elle sur leurs recherches. Ils ne se parlent pas souvent mais ils peuvent avoir des discussions passionnées sur leur travail et ils se respectent. Ça lui plait bien. Les locaux sont vétustes mais calmes et on la laisse aménager son bureau comme elle veut.

Comment cela se passerait-il dans une entreprise privée ? Elle n’en sait rien et prononcer cette phrase semble la frapper. Clara décide que c’est important pour elle de visiter deux de ses entreprises cibles avant même de postuler. Elle y connait des camarades de licence qui lui ont déjà proposé de venir à des portes ouvertes.

C’est une Clara transformée qui termine la séance. La question n’est pas de savoir si elle est autiste ou pas. Ce qui est important, c’est de savoir quels sont ses besoins dans l’exercice de son travail : intérêt de la recherche, autonomie dans la méthodologie, espace calme et respectueux, lui faire confiance dans sa capacité à produire des résultats. Et de trouver le poste qui correspondra le mieux à ses besoins. Fini l’angoisse, elle sait comment elle va faire.

Ceci est un conte, Clara n’existe pas réellement. Ou plutôt elles / ils existent collectivement et j’ai composé un patchwork de beaux moments.

Cette Clara vous semble-t-elle familière ? Dans quelle mesure ce portrait peut-il aider ? J’attends vos commentaires avec …curiosité 😉