Celui qui avait du bruit dans la tête ou comment se concentrer sur un sujet à la fois

Bremen Town Band, Bremen, Germany. Taken by Adrian Pingstone in 1990 and released to the public domain.

Thomas rentre en séance de coaching d’un pas décidé, il bouscule une chaise, fait tomber son sac, s’assied puis se relève pour me dire bonjour, le tout en moins de cinq secondes chrono !

Il veut consacrer cette séance au thème « réussir sa prochaine présentation » et espère que je lui donne quelques « trucs » pour être plus convaincant.

Je lui demande de se présenter. Il est chef de projet pour un des produits phares de l’entreprise, le marché est tendu mais il sait qu’il tient la bonne solution technologique, il commence d’ailleurs à m’en expliquer le principe. J’interromps difficilement le flot de ses paroles, je n’en sais pas beaucoup plus sur qui il est. Il s’excuse, il est passionné par son sujet et puis, c’est tout à fait pertinent par rapport à sa demande pour la séance puisque l’objectif immédiat est qu’il prépare sa présentation !

Comment se sent-il ? Frustré, c’est toujours pareil, personne ne l’écoute ou ne semble le comprendre. Il ne peut jamais faire passer ses messages.

En une seule phrase, que voudrait-il que je comprenne de lui ? Il est soudain silencieux, il fronce les sourcils. Il ne saura pas résumer tout en une seule phrase, il y a tant à dire.

Et dans ses présentations professionnelles, quel message voudrait-il que ses interlocuteurs comprennent ? Il prend quelques secondes et finit par aboutir sur « Pour tirer pleinement bénéfice de ce nouveau projet, il est nécessaire de focaliser le développement sur les fonctions principales afin de pouvoir livrer un produit attractif sur le marché rapidement. » Il semble lui-même surpris d’avoir énoncé une phrase aussi bien construite et s’empresse de la noter. Je lui fais remarquer que depuis le début de l’entretien, c’est la première phrase qu’il a articulée à un rythme tranquille, qu’elle est complète et suivie d’une pause. Il rit. Il sait qu’il est difficile à suivre, son débit de parole soutenu énerve souvent les autres.

Et on lui reproche aussi de passer du coq à l’âne. Mais ajoute-t-il, il y a une p*** de ménagerie dans sa tête, ça lui rappelle le conte de son enfance « Les musiciens de Brême » où chaque animal s’égosille pour se faire entendre, une vraie cacophonie. Il y a plein d’idées là-haut dit-il en montrant son crâne, et ça rebondit dans tous les sens.

En classe ? c’était un cauchemar, on lui demandait toujours de se taire. Le psychiatre avait même proposé qu’il prenne des médicaments : du méthylphénidate – le composé actif de la « Ritaline ». Ses parents s’étaient renseignés, donner un stimulant à un gamin déjà incontrôlable, ça n’avait pas de sens. Et puis son père était pareil à son âge, pas de raison de s’inquiéter. Il avait donc enduré le reste de sa scolarité au rythme des réprimandes et des punitions.

Y a-t-il un chef d’orchestre dans sa fanfare interne ? Oui, quand il est en retard pour livrer un travail important, il stresse et il est capable de se concentrer, de partir dans le « flow », il est à fond dans son sujet, plus rien n’existe autour de lui, il peut même en oublier d’aller manger, boire. Quand il sort de ces phases, il est épuisé, hébété, des fourmis dans les jambes car il n’a pas senti que la circulation du sang se coupait. C’est flippant, il ne peut jamais avoir une concentration normale, c’est du tout ou rien. Il aime bien ce symbole de la fanfare et du chef d’orchestre.

Et si le boss avait besoin d’une nourriture différente de celle des musiciens, Thomas aurait-il envie de l’alimenter pour qu’il soit présent plus souvent et plus sereinement ? Oui, ce serait extraordinaire.

Qu’est-ce qui renforce ou fatigue son chef d’orchestre ?

– Le manque de sommeil est un vrai souci. Fatigué, Thomas a l’impression de faire n’importe quoi.

– Faire du sport intense le fatigue sur le moment mais il en perçoit les bénéfices le lendemain après une bonne nuit de sommeil.

– Quand il a une tâche fastidieuse à accomplir, Thomas procrastine, il grignote des montagnes de sucreries, il évite l’alcool parce qu’il pourrait en abuser.

– Le stress aide le chef d’orchestre à court-terme mais épuise ses ressources.

– Quand il travaille sur un projet passionnant avec une équipe enthousiaste et sympathique, Thomas se sent bien, comme si « sa musique jouait en harmonie avec les autres ».

Connait-il les principaux neurotransmetteurs et leurs effets sur le comportement ? Thomas s’est intéressé au sujet, il sait que l’adrénaline le booste. Il ne pense pas manquer de sérotonine, le « messager du bonheur ». La dopamine, la clé de la motivation et de la récompense, il pense qu’effectivement, il a un problème à ce niveau. Il ne savait pas que les neurones dopaminergiques ne fonctionnent qu’avec ce neurotransmetteur. Gérer sa dopamine serait la clé pour nourrir son « chef d’orchestre » ?

Alors comment faire ? Toutes les activités que Thomas a mentionnées sont effectivement très influentes sur l‘activation des circuits dopaminergiques. Il comprend mieux la proposition du psychiatre : stimuler son « chef d’orchestre » avec du méthylphénidate qui agit sur la dopamine. Il compte faire des recherches sur le sujet. Il a surtout hâte d’aller échanger avec d’autres comme lui sur des groupes de partage pour glaner des astuces.

Et sa question du début sur “comment faire passer des messages” ? Il a su rédiger facilement son message principal. Il se rend compte surtout que depuis que nous parlons de « sa fanfare intérieure », il n’a pas perdu le fil de ses pensées, il a pu écouter, répondre par des phrases complètes et il sent toute la différence : il a cessé de projeter des idées en rafale, il apprécie d’échanger. Il a besoin de réfléchir sur ce qui change sa « mélodie intérieure » et nous en reparlerons à la séance suivante.

Ceci est un conte, Thomas n’existe pas réellement. Ou plutôt elles/ ils existent collectivement et j’ai composé un patchwork de beaux moments.

Ce Thomas vous semble-t-il familier ? Dans quelle mesure ce portrait peut-il être utile ? J’attends vos commentaires avec …hâte 😉

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2 commentaires

  1. Hello. J’aime beaucoup Tes histoires. Claires, et concises, elles se lisent avec plaisir. Continues!

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