Celui qui s’énerve de ne pas être parfait

Il est parfois plus facile de projeter ses questions et ses blocages sur un personnage et d’inventer pendant une séance des solutions qui chemineront dans l’inconscient. Merci à Audric qui se reconnaîtra, d’avoir fourni les éléments de conte !

Crédit : Audric 🙂

L’histoire commence dans une petite ville des Etats-Unis où vit Paul, un jeune garçon passionné de base-ball. Il s’entraîne régulièrement dans un club avec ses camarades, et il aime bien les cours avec l’entraîneur. Mais à chaque match du samedi, Paul est stressé à l’idée de rater une balle ou de ne pas la lancer assez fort. Et comme il est stressé, il rate beaucoup de balles pendant les matches.

Ce samedi-là, ils jouent contre les gagnants de la dernière saison. C’est un match important. L’entraîneur le prend à part et lui dit :  » Je vois que tu réussis très bien à l’entraînement. Tes balles sont souvent assez puissantes pour marquer des points. Nous avons besoin que tu réussisses.  Il faut arrêter de stresser, respire ».
Paul se répète en boucle : « Il ne faut pas rater aujourd’hui, c’est important, l’entraîneur compte sur moi, il faut que j’arrête de stresser ». Malheureusement, lorsque son tour arrive, il sent son souffle court, ses mains crispées sur la batte, ses jambes qui tremblent. Il rate le premier lancer qui semblait pourtant jouable. Il se répète mentalement de ne pas stresser. La seconde balle a de l’effet, il la rate également. « Plus qu’une occasion pour marquer des points, se dit Paul en serrant les dents. Je ne dois pas la rater ! » Le lanceur adverse a un regard ironique, il prépare son lancer avec de grands mouvements énergiques et contre toute attente, envoie une balle toute droite, comme celle qu’on donne aux débutants. Paul est tellement surpris par ce lancer si simple. Ça n’est pas logique, quel lanceur prendrait le risque de perdre des points en offrant une balle facile ?  Paul sent tous les adversaires commencer à rire, à se moquer de lui. Oui, cette balle facile est une manière de lui dire qu’il est tellement mauvais au base-ball qu’il la ratera. Ces pensées ont duré une fraction de seconde, Paul lève sa batte à peine trop tard mais la balle est passée. Il voit ses adversaires se moquer ouvertement de lui, ses équipiers sont déçus, Paul est ridicule. Une vague de colère contre lui-même le submerge, il jette sa batte violemment par terre et sort du terrain.

L’entraîneur demande une pause, rattrape Paul et lui dit d’un ton sévère :
 » Je ne tolèrerai pas que tu comportes aussi violemment sur le terrain. Si tu ne cesses pas de t’énerver quand tu rates, tu ne joueras pas lors du Tournoi de l’Excellence ». C’est épouvantable ! Paul attend ce tournoi depuis des semaines car il est organisé par le grand champion Jordan Parker. Les journalistes disent qu’il prend sa retraite, qu’il  veut créer une école de base-ball pour les jeunes espoirs. Lors du tournoi, le grand Parker regardera attentivement et sélectionnera peut-être ses futurs joueurs. Paul est maintenant submergé de tristesse. Ce n’est pas possible, il ne peut pas rater ce tournoi.

Il rentre chez lui fatigué et découragé. Il mange à peine et va se coucher. Pendant la nuit, il rêve du tournoi. Il se voit avancer au milieu du stade plein à craquer. Sa batte est lourde, ses chaussures semblent coller au sol, il peine à avancer jusqu’à la zone de lancer. Il reçoit balle après balle et ne parvient pas à lever sa batte, il rate tout. Tous les spectateurs se mettent à rire et le champion Parker le montre du doigt en disant « Il est mauvais, sortez-le ». Paul se réveille en sursaut, trempé de sueur, très angoissé par ce cauchemar. Il faut arrêter de stresser se dit-il. Oui, mais comment faire ?
« Il faut pratiquer encore et encore. » lui dit l’entraîneur.
« Il faut bien respirer » lui dit son papa.
« Il faut jouer à autre chose » lui dit sa maman.
« Il faut méditer » lui dit son médecin.
« Il faut apprendre à échouer. Moi, quand j’étais jeune, mon coach nous apprenait à accepter l’échec. C’était mieux avant ! »  lui dit son oncle
« Donne-moi une caresse » semble lui dire son chien Sammy qui vient poser sa tête sur la cuisse de Paul.
Danser, prendre un bain chaud, partir en vacances : tout le monde a des conseils à lui donner mais rien ne marche.

Paul a fait de son mieux pour s’entraîner et garder son calme au club. Arrive le matin du grand tournoi, Paul se sent comme une pile électrique. Il va rater, c’est sûr. Rien que cette idée l’enrage. Au moment de partir, Paul veut faire une caresse à Sammy et ne le trouve pas. Il  cherche, il appelle : pas de réponse. Il sort dans le jardin et constate que la barrière est ouverte : le chien s’est enfui pendant la nuit. « Va au tournoi, lui dit son père. Je vais faire le tour du quartier en voiture et je viendrai pour le début de ton match ».

Sa mère accompagne Paul jusqu’au terrain pour qu’il s’échauffe, les matches commenceront plus tard dans l’après-midi. Ses parents ont réservé leurs places car tout le monde veut voir Jordan Parker et son tournoi. Paul court, fait les étirements mais son esprit est ailleurs. Il est inquiet pour Sammy. Et s’il avait été volé ? Ou renversé par une voiture ? Le temps avance, les spectateurs s’installent. Il y a une place vide à coté de sa maman. Et si son père n’arrivait pas pour le match parce que Sammy est introuvable ? Paul n’arrive pas à se concentrer sur le discours du grand champion, ni sur le premier match.

 » A nous ! », dit l’entraîneur. Paul prend sa batte qui lui semble aussi lourde que dans son cauchemar. Il plisse les yeux, son père n’est toujours pas là. Il s’approche du terrain, la gorge serrée. Quelle importance a le tournoi quand il a perdu son meilleur ami ?

Tout à coup, il voit deux silhouettes se détacher à l’entrée du stade. Il lui semble que son cœur rate un battement, il n’est pas sûr. Mais si, c’est bien son père tout souriant qui tient en laisse un Sammy plein de poussière. Sammy tire si fort que le père le lâche et le chien se précipite vers Paul, lui saute dans les bras. Paul est tellement heureux de retrouver Sammy ! Au micro, l’entraîneur en profite pour expliquer que le chien était perdu et tout le stade les applaudit. Même Jordan Parker qui envoie à Paul un petit signe d’encouragement.

Paul entre sur la zone, il ne sait plus vraiment ce qu’il fait. Il est tellement heureux qu’il laisse ses jambes se positionner toutes seules, ses bras monter la batte, ses yeux fixer le lanceur. C’est sans réfléchir qu’il frappe et qu’il court vers les bases sans les compter. Il s’arrête essoufflé et ne sait même pas combien de points il a marqué. A sa grande surprise, il vient de battre son record, il n’avait jamais réussi de « Home run ».

A la fin de la journée, il se presse avec ses camarades et son chien pour avoir un autographe du champion. Parker le félicite pour sa réussite, lui dit qu’il se souviendra de lui et de son chien.

« Qu’as-tu appris aujourd’hui ? » lui demande son papa. Paul prend son chien dans ses bras et répond  » Que le secret pour ne pas stresser inutilement est de savoir ce qui est vraiment important pour moi ».

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