Celui qui voulait savoir ce qu’est un zèbre ou comment gérer ses relations avec des gens différents.

Patrick semble agité en entrant dans la salle, il ne veut pas faire une séance de coaching aujourd’hui. Il a des questions à me poser.

Patrick a entamé une démarche de coaching il y quelques mois, il se disait satisfait du travail engagé. Que se passe-t-il ? Il ne s’agit pas de lui, il a amené son fils de huit ans voir une psychologue et elle lui a annoncé qu’il était probablement un « zèbre ». Il a donc fait des recherches sur internet et a vu que mon site s’appelle « Zèbre Libre ». Il avait hâte de me voir, il veut savoir ce que j’entends par « Zèbre ».

Je confirme que la définition de « Zèbre » est un raccourci pour parler de quelqu’un dont le fonctionnement intellectuel semble un peu trop rapide, incohérent et bien loin de l’image de perfection d’un surdoué qui réussirait tout ce qu’il entreprend. Comme tous les raccourcis, il n’y pas consensus sur son contenu et il recouvre quantité de réalités bien différentes.

Je lui propose de lui envoyer dès le lendemain par mail une série de références que je trouve intéressantes : livres, vidéos, sites de parents.

J’observe qu’il reste fébrile et je lui demande si nous pourrions consacrer la séance à cette situation qui semble le perturber. Il passe un long moment à essayer de décrire les conséquences fâcheuses qu’il craint pour son fils. Être moqué par ses camarades parce qu’il est différent, le mépris de certains enseignants qui n’apprécient guère ces petits donneurs de leçons, la difficulté à s’intégrer dans un cadre professionnel ou social parce qu’on comprend trop vite et que les autres s’en offusquent, et surtout, l’ennui. Avoir l’impression qu’on a trop peu d’occasions de partager sur nos passions, de devoir maquiller ses rayures pour être accepté dans le troupeau des chevaux.

Je fais remarquer à Patrick qu’il semble bien comprendre toutes les conséquences et qu’à l’entendre, il a vécu toutes ces situations lui-même. Il sourit, son fils lui ressemble beaucoup au niveau du caractère, ça ne rend pas les choses plus faciles, au contraire. Patrick commence à comprendre qu’il a peur de voir son fils souffrir comme lui-même a souffert de se sentir différent. Les réponses qu’il a trouvées sont celles du petit enfant qu’il était : porter un masque, s’adapter à tout prix quitte à renoncer à ce qu’il a envie d’être. C’est tellement lourd à porter.

Quelle serait la question à laquelle dont il voudrait discuter pendant cette séance ? Il hésite entre « Comment moins paniquer quand il pense aux problèmes de son fils ? » ou bien « comment gérer son propre décalage ? ». Pour moins paniquer, il sait qu’il faut respirer, faire du sport. Méditer, il faudrait qu’il s’y mette, mais il n’y arrive pas. Il lui semble que la question de savoir gérer son propre décalage est bien plus difficile, qu’il n’y a pas le temps de la résoudre en une séance mais qu’il a besoin d’être plus lucide sur lui-même avant de pouvoir aborder la zébritude de son fils.

Nous finissons par réduire le champ de la question à : « Quelle stratégie mettre en place pour qu’il puisse répondre à ses propres besoins et à mieux cadrer son rôle de Papa Zèbre ? »

Comment Patrick définit-il son rôle de père ? Il parle de subvenir aux besoins fondamentaux de son fils : sécurité, nourriture, amour, transmission de valeurs. Concrètement, il évoque les moments de découvertes partagées dans leurs ballades en forêt, leurs visites de châteaux — car Patrick est passionné d’architecture et son fils d’histoire. Leurs parties d’échecs où ils discutent âprement leurs stratégies — le petit est doué, il bat déjà régulièrement sa mère. Inversement, apprendre à faire du vélo a été compliqué, il a peu d’équilibre et a encore peur de tomber. Comment Patrick gère-t-il cette difficulté de son fils ? Court-t-il derrière en tenant la selle ? Patrick est plutôt convaincu qu’il vaut mieux pour l’enfant lui apprendre à tomber sans se faire trop mal, c’est en faisant ses propres expériences qu’il parviendra à trouver son équilibre. Patrick cesse de parler, il sourit, il comprend qu’il ne pourra pas empêcher son fils de vivre les difficultés de sa vie et que son rôle de père sera d’être présent pour l’écouter, le comprendre et l’encourager.

En y réfléchissant, il se rend compte qu’il y a un lien avec la raison pour laquelle il avait entamé un coaching : on lui reprochait de ne pas savoir déléguer. C’était difficile pour lui de confier une tâche à quelqu’un qui ne voyait pas toutes les conséquences de son travail quand lui-même se sentait à l’aise dans la complexité d’un dossier client.

Il n’avait jamais fait le lien avec son comportement dans son équipe. La question serait maintenant « Comment je mets en place un cadre pour déléguer de manière efficace ? ». Nous arrivons en fin de séance, et ce sera l’objet de la suivante.

Avec quoi Patrick repart-il aujourd’hui ? Il a envie de mieux comprendre ce qu’est la douance et attend mes liens avec impatience. Patrick commence même à songer qu’il pourrait consulter un thérapeute spécialisé pour mieux se gérer lui-même que cela pourrait l’aider à être un meilleur manager. Il n’a pas encore admis l’idée qu’il est probablement zèbre lui-même, il n’est pas sûr d’avoir envie qu’on lui colle cette étiquette. Il se sent surtout réconforté dans l’idée qu’il fait déjà de son mieux pour éduquer son enfant — parce que zèbre ou pas, c’est avant tout un enfant qu’il veut élever dans le respect de qui il est.

Ceci est un conte, Patrick n’existe pas réellement. Ou plutôt elles/ ils existent collectivement et j’ai composé un patchwork de beaux moments.

Ce Patrick vous semble-t-il familier ? Dans quelle mesure ce portrait peut-il être utile ? J’attends vos commentaires avec …intérêt 😉

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