L’enfant rêveur de fumée

Conte à lire juste avant de s’endormir pour un enfant inquiet – ou pour un grand qui porte encore au fond de lui un petit à rassurer.

Il était une fois petit garçon qui s’appelait Babou et qui vivait dans un tout petit village isolé au milieu de la savane. Plusieurs années auparavant, il y avait eu un très grand feu de brousse qui avait ravagé le village et tué de nombreux habitants. Le village s’occupait des enfants orphelins et Babou était le plus petit d’entre eux.

Tout le village craignait les incendies, alors ils avaient instauré un poste d’observation. Les habitants se relayaient pour surveiller l’arrivée d’un danger. Un jour que Babou apportait son déjeuner à l’homme qui observait les alentours, le petit garçon prit le temps de s’asseoir. Il sentait un vent léger sur sa peau, la planche de bois sous ses pieds, l’odeur si caractéristique des herbes chauffées par le soleil et tandis qu’il contemplait le magnifique paysage, il ressentait une vague de bien-être, de satisfaction. Il regardait les oiseaux dans le ciel, écoutait leurs cris et riait de leur ballet si gracieux.

Au bout d’un moment, il vit que les gazelles semblaient s’enfuir vers le sud, puis un troupeau de zèbres qui semblait effrayés et enfin les éléphants, réputés pour leur sagesse, qui semblaient se hâter dans la même direction. De quoi avaient-ils peur ? En plissant ses yeux pour mieux voir, Babou vit un léger panache de fumée. Un feu qui débutait ! Babou sentit la panique monter en lui. Il s’empressa de tirer la manche de l’homme à côté de lui et lui montra la fumée, tout au loin. Mais l’homme, lui, ne voyait rien du tout, il haussa les épaules et se rassit. « Tu te trompes Babou, calme-toi » lui dit-il. Comment se calmer quand Babou voyait se profiler le plus grand danger de tous ?

Alors Babou descendit chercher Kalo, son voisin qui était un jeune homme très agile. Kalo grimpa au poste d’observation et Babou lui montra la fumée. Kalo redescendit, très en colère : « Tu m’as fait une mauvaise blague, il n’y a pas de fumée » et Kalo poussa Babou brutalement sur le sol.

Babou avait envie de pleurer, il essayait de contenir ses larmes, ce n’était pas la première fois qu’il roulait dans la poussière. Mais surtout, Babou avait peur que le feu ne vienne de nouveau ravager le village et personne ne le croyait. Alors, puisque personne ne pouvait voir la fumée, Babou remonta pour observer, tout empli de crainte. A ce moment-là, un gros nuage arriva, une pluie bien fraiche arrosa la région et éteignit la fumée. Quel soulagement !

Dès le lendemain, la chaleur était revenue et Babou se dit qu’un autre feu pouvait se déclarer. Il comprit qu’il était le seul du village à pouvoir surveiller les incendies. Malgré sa fatigue, jour après jour, il montait au poste d’observation pour regarder l’horizon. Tout le village se moquait de Babou en l’appelant « le Rêveur de Fumée ».

Arriva le jour de la Grande Fête de la ville voisine : il aurait beaucoup de monde, des marchands aux étals magnifiques, des danses, des chants. Tout le village se rendit à la fête avec enthousiasme. Babou était étourdi par l’odeur des épices, émerveillé par tous ces gens différents, aux habits colorés, même si le vacarme était un peu étourdissant, il se sentait heureux d’être là. Son regard s’arrêta sur un grand mage, tout de blanc vêtu. Babou était fasciné par le sourire de cet homme qui dégageait une puissance tranquille.

Le grand mage blanc s’avança vers Babou. « Bonjour, Babou dit-il. Est-il vrai que tu vois ce que les autres ne voient pas ? » Babou était à la fois étonné que le mage le connaisse, et un peu inquiet à l’idée qu’il se moque de lui. Babou se contenta de hocher la tête. Le mage poursuivit : « Moi aussi je vois ce que les autres ne voient pas et c’est pour ça que je suis devenu le conseiller du roi. Quand je vois une fumée au loin qui menace un village, j’invoque les nuages avec mes pouvoirs magiques et la pluie va éteindre le feu ». Babou est émerveillé. Le mage continue « Voudrais-tu venir vivre ici pour que je t’enseigne la magie des nuages et de la pluie et bien d’autres encore, pour devenir mage à ton tour et veiller sur ton village et sur tout le royaume ? Ce sera long et parfois difficile mais je sais que tu en es capable. » Babou n’en croit pas ses oreilles, bien sûr, il aimerait tant comprendre et apprendre la magie.

Alors, le grand mage se présente aux habitants du village pour leur dire que Babou va partir. Il veut bien leur donner un cadeau en remerciement. Ils peuvent choisir de recevoir le miroir du Désir ou le miroir de la Vérité.

Kalo le plus rapide vient se contempler dans le miroir de la Vérité. Il y voit un jeune homme mince, aux vêtements un peu usés et aux poings serrés. Devant le miroir du Désir, il voit un fier guerrier, aux muscles saillants et qui brandit un magnifique bouclier. « Je préfère le second miroir, dit-il »

La voisine, qui crie souvent après les enfants, vient devant le premier miroir. Elle y voit une femme triste, aux cheveux emmêlés. Les coquillages de son collier sont un peu ébréchés. Devant le second miroir, elle s’attarde à regarder une belle jeune fille, à la robe somptueuse, couverte de bijoux magnifiques. Elle aussi, veut garder le second miroir. Et chacun dans le village se contemple et choisit le second miroir.

Vient le tour de Babou. Dans le miroir de la Vérité, il voit un petit garçon frêle et triste, dans une tunique poussiéreuse. Dans le second, Babou voit le grand mage blanc. C’est étrange. Il observe attentivement et se rend compte qu’il s’agit d’un Babou qui a grandi et qui a revêtu les habits blancs. Cette image dégage la même intelligence et la même gentillesse que le vrai mage. Babou sent une grande vague de bonheur l’envahir. Oui, il veut vraiment apprendre la magie. Le grand mage demande à Babou quel miroir il voudrait garder. Babou réfléchit très sérieusement, puis il répond : « Je veux apprendre la magie, garder le miroir de la Vérité pour y voir mes progrès, et un jour, je m’y verrai en grand mage blanc ». Babou se regarde à nouveau dans le premier miroir, et son image est presque la même, sauf qu’il a maintenant un grand sourire de contentement. Le mage se penche alors vers lui et lui dit gentiment : « Bravo Babou, tu viens d’apprendre la première leçon ».

Et depuis ce jour, Babou est l’assistant du grand mage et il est très fier de dire qu’il est un « Rêveur de Fumée ».

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