Portrait : Celle qui se demandait si elle était normale ou comment savoir si l’on est autiste

Clara est une jeune femme souriante qui vient en coaching parce qu’elle doit décider si elle doit poursuivre sa carrière bien tracée dans le centre de recherche en imagerie du vivant où elle a fait sa thèse ou bien si elle doit partir dans l’industrie prendre un poste de Recherche et Développement dans le même domaine. D’un côté, la sécurité, plus de liberté dans le choix de ses sujets de recherche et la reconnaissance internationale d’un laboratoire prestigieux, de l’autre un salaire bien meilleur et des moyens financiers importants.

Son responsable lui a dit qu’il valait mieux qu’elle reste dans le confort douillet d’un petit département car “c’est mieux pour une autiste”.

Cette phrase a été pire qu’un coup de poing. Depuis, elle ne dort plus et elle enchaine les crises d’angoisse.

Sa demande pour notre séance de coaching est donc : “Dites-moi si je suis autiste pour savoir si je peux postuler dans le privé”

Comment Clara se voit-elle ? Elle n’a aucune idée de ce qu’est vraiment l’autisme. Elle a bien cherché sur Internet, mais elle ne correspond qu’à la moitié des symptômes, rien qui permette de conclure. Elle a vu des psychologues dans son enfance qui avaient testé son Quotient Intellectuel. A plus de 140, elle était ce qu’on appelle “Haut Potentiel”, avec un profil dit complexe car ses performances étaient hétérogènes. Mais cela ne rend en rien compte du décalage qu’elle a ressenti à l’école.

Elle ne supportait pas le bruit de la classe et la violence des contacts entre les élèves. Elle avait beaucoup de compassion lorsque quelqu’un était maltraité mais elle ne savait pas trop comment faire pour intervenir.

C’était la seule élève à préférer les cours de sciences à la récréation. Elle est passionnée depuis l’enfance par la biologie et les mathématiques, au point de pouvoir parfois corriger les inexactitudes de certains professeurs lorsqu’ils étaient peu informés des dernières publications scientifiques.

Elle avait quelques amies très proches qui partageaient ses passions pour la musique et le cheval, mais peinait à s’en faire de nouvelles.

Adulte, elle trouve encore la plupart des gens très ennuyeux. Impossible d’avoir une conversation intéressante avec eux. Pour se faire accepter, elle a appris par cœur les platitudes à dire en fonction des circonstances. Elle se sent épuisée à leur contact.

Dans quelle mesure l’environnement où elle travaille aujourd’hui lui convient-il ? Elle a quelques collègues aussi focalisés qu’elle sur leurs recherches. Ils ne se parlent pas souvent mais ils peuvent avoir des discussions passionnées sur leur travail et ils se respectent. Ça lui plait bien. Les locaux sont vétustes mais calmes et on la laisse aménager son bureau comme elle veut.

Comment cela se passerait-il dans une entreprise privée ? Elle n’en sait rien et prononcer cette phrase semble la frapper. Clara décide que c’est important pour elle de visiter deux de ses entreprises cibles avant même de postuler. Elle y connait des camarades de licence qui lui ont déjà proposé de venir à des portes ouvertes.

C’est une Clara transformée qui termine la séance. La question n’est pas de savoir si elle est autiste ou pas. Ce qui est important, c’est de savoir quels sont ses besoins dans l’exercice de son travail : intérêt de la recherche, autonomie dans la méthodologie, espace calme et respectueux, lui faire confiance dans sa capacité à produire des résultats. Et de trouver le poste qui correspondra le mieux à ses besoins. Fini l’angoisse, elle sait comment elle va faire.

Ceci est un conte, Clara n’existe pas réellement. Ou plutôt elles / ils existent collectivement et j’ai composé un patchwork de beaux moments.

Cette Clara vous semble-t-elle familière ? Dans quelle mesure ce portrait peut-il aider ? J’attends vos commentaires avec …curiosité 😉

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